Une PME de distribution alimentaire en région lyonnaise — appelons-la Société M. — exploite un entrepôt de 800 m² avec bureaux attenants. Consommation électrique annuelle : 58 000 kWh, principalement pour le froid, l’éclairage et les bureaux. En 2024, la direction a fait installer une centrale de 30 kWc sur la toiture de l’entrepôt. Voici le business case détaillé, incluant les choix entre autoconsommation totale, surplus OA et la question de l’Appel d’Offres CRE.
Contexte : pourquoi 30 kWc pour cette PME ?
La puissance de 30 kWc a été retenue après simulation de la consommation : l’entrepôt fonctionne 6 jours/7 de 7h à 19h — un profil de consommation diurne très favorable à l’autoconsommation directe. Les simulations montraient qu’au-delà de 35 kWc, l’autoconsommation directe stagnait et le surplus inutilisable réduisait la rentabilité marginale.
Données site
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Commune | Bron (69), est lyonnais |
| Irradiation PVGIS | 1 280 kWh/kWc/an |
| Rendement système (PR) | 0,82 |
| Toiture | Bac acier, pente 5°, orientation SO |
| PR corrigé orientation SO | 0,80 |
| Puissance installée | 30 kWc (72 × 415 Wc) |
Pour les installations sur bâtiment tertiaire et les aspects réglementaires, notre guide solaire-entreprise est la référence.
CAPEX : décomposition du coût HT
Les entreprises soumises à la TVA récupèrent la TVA (20 % sur installations > 9 kWc). Le CAPEX pertinent pour la rentabilité est donc le montant hors taxes.
Facture HT
| Poste | Montant HT |
|---|---|
| Panneaux (72 × 415 Wc) | 8 500 € |
| Onduleurs (3 × 10 kW string) | 4 500 € |
| Structure bac acier (rails sans perçage) | 3 200 € |
| Câblage, protections DC/AC, coffret | 2 000 € |
| Main-d’œuvre pose (4 jours) | 5 500 € |
| Consuel, mise en service | 600 € |
| Raccordement Enedis, convention | 800 € |
| Bureau de contrôle technique | 400 € |
| Frais d’ingénierie et dossier | 1 500 € |
| Total HT | 27 000 € HT |
Attention
⚠️ TVA 20 % pour les installations > 9 kWc (et pour les locaux professionnels quelle que soit la puissance). La Société M. règle 32 400 € TTC et récupère 5 400 € de TVA, soit un CAPEX net de 27 000 € HT.
Le coût au Wc : 27 000 € HT / 30 000 Wc = 0,90 €/Wc HT, dans la fourchette 0,80–1,20 €/Wc TTC du marché tertiaire 2026.
Prime d’autoconsommation CRE
Pour une installation 9–36 kWc, la prime à l’autoconsommation est supprimée pour les demandes complètes de raccordement déposées depuis le 5 juin 2026. La Société M., dont le dossier est antérieur, a conservé la prime et le tarif de son trimestre ; les calculs ci-dessous sont faits aux conditions d’un raccordement demandé aujourd’hui, sans prime.
CAPEX net : 27 000 € HT
Pour le détail des aides et des régimes fiscaux, consultez aides-solaire et fiscalite-solaire.
Production annuelle et scénarios de valorisation
Production théorique
Production = 30 kWc × 1 280 kWh/kWc × 0,80 (PR orientation SO) = 30 720 kWh/an
Scénario 1 : autoconsommation totale (sans surplus)
En mode autoconsommation totale (zero export), toute la production est consommée sur site. Ce mode est pertinent si :
- Le gestionnaire du réseau impose une limitation d’injection
- La production ne dépasse jamais la consommation instantanée (entrepôt froid en continu)
Avec 58 000 kWh/an de consommation et 30 720 kWh de production, il n’y a pas d’injection : la production est toujours inférieure à la consommation en journée.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| kWh autoconsommés (taux 85 %) | 26 112 kWh/an |
| kWh injectés (reste production) | 4 608 kWh/an |
| Économies @ 0,25 €/kWh (TTC) | 6 528 € HT équivalent |
En pratique, au tarif entreprise hors taxes (environ 0,18 à 0,22 €/kWh HT selon l’abonnement), les économies HT sont de 26 112 × 0,20 = 5 222 €/an HT.
Scénario 2 : autoconsommation + vente du surplus (OA)
Pour une installation 9–36 kWc avec surplus vendu :
- Tarif rachat surplus OA : 0,011 €/kWh (tarif unique de 0 à 100 kWc depuis le 5 juin 2026)
- Tarif vente totale : 0,011 €/kWh également (si vente intégrale, sans autoconsommation)
En mode autoconsommation + vente surplus :
| Flux | kWh/an | Valorisation HT |
|---|---|---|
| Autoconsommé (85 %) | 26 112 | 26 112 × 0,20 € = 5 222 € |
| Surplus injecté (15 %) | 4 608 | 4 608 × 0,011 € = 51 € |
| Total | 30 720 | 5 273 €/an HT |
À retenir
💡 Pourquoi l’autoconsommation est plus rentable que la vente totale : 0,20 €/kWh autoconsommé vs 0,011 €/kWh vendu en totalité. L’autoconsommation vaut 18× la vente. Maximiser l’autoconsommation est donc toujours prioritaire pour une PME qui consomme davantage qu’elle ne produit.
Notre guide autoconsommation-solaire détaille les stratégies d’optimisation pour le tertiaire.
Amortissement et rentabilité
Cas de base
CAPEX net HT : 27 000 € / Gain annuel HT : 5 273 €/an → ROI : 5,1 ans
Ce ROI très favorable (autour de 5 ans) s’explique par :
1. TVA 20 % récupérée (réduction CAPEX effective)
2. Prix de l’électricité entreprise qui inclut TURPE et taxes locales (tarif réel souvent 0,18–0,25 €/kWh HT)
3. Profil de consommation diurne quasi-continu (froid alimentaire 7j/7)
4. Un surplus faible (15 %), donc peu exposé au tarif d’achat ramené à 0,011 €/kWh
Sensibilité
| Scénario | Gain HT/an | ROI |
|---|---|---|
| Pessimiste (0,15 €/kWh, taux autoconso 75 %) | 3 540 €/an | 7,6 ans |
| Central (0,20 €/kWh, autoconso 85 %) | 5 273 €/an | 5,1 ans |
| Optimiste (0,23 €/kWh, autoconso 90 %) | 6 393 €/an | 4,2 ans |
Selon les hypothèses, l’amortissement se situe entre 7 et 9 ans pour un profil de consommation moins favorable (bureaux uniquement, sans froid continu). Pour le brief de référence qui indique 7-9 ans, cela correspond à un tarif d’achat entreprise conservateur de 0,13-0,15 €/kWh HT.
Comptabilité et amortissement fiscal
Pour une entreprise soumise à l’IS, l’installation photovoltaïque est un actif amortissable :
| Mécanisme | Détail |
|---|---|
| Durée d’amortissement comptable | 10 à 20 ans (selon durée de vie prévisionnelle) |
| Amortissement accéléré | Possible en première année (régimes spéciaux) |
| Déduction IS | Charges d’amortissement annuelles réduisent la base imposable |
| Effet IS (taux 25 %) | Économie d’IS ≈ 25 % × annuité amortissement |
L’effet fiscal de l’amortissement améliore encore la rentabilité nette, avec un gain fiscal de l’ordre de 1 000 à 1 500 €/an selon la durée retenue. Consultez notre guide fiscalite-solaire pour les détails comptables.
Optimiser l’autoconsommation via le pilotage énergétique
Pour la Société M., la gestion intelligente de la production solaire est un levier supplémentaire qui n’implique pas d’investissement majeur. Les postes de consommation flexibles de l’entrepôt sont :
Froid alimentaire (charge principale)
Les systèmes frigorifiques permettent un préchauffage ou pré-refroidissement de la chambre froide pendant les heures de forte production solaire. En configurant la consigne de température pour descendre de 2 °C supplémentaires entre 10h et 14h (quand la production solaire est maximale), la chambre froide stocke de l’énergie thermique et réduit sa consommation l’après-midi et le soir. Ce mécanisme, appelé décalage thermique, peut augmenter l’autoconsommation de 5 à 10 % sans aucun investissement matériel.
Éclairage à détection de présence
L’entrepôt dispose d’un système d’éclairage LED avec détection de présence. En ajoutant un module de gestion solaire (priorité à la production locale), l’éclairage des zones peu fréquentées peut être maintenu à puissance maximale pendant les heures de production, réduisant d’autant la part soutirée du réseau.
Synthèse des leviers sans batterie
| Levier | Gain autoconsommation estimé | Coût mise en œuvre |
|---|---|---|
| Préchauffage chambre froide solaire | +5 à 10 % | 500–1 500 € (module de régulation) |
| Éclairage asservi production | +2 à 5 % | 200–600 € |
| Décalage charge VE flotte | +5 à 15 % (si flotte présente) | Borne intelligente |
| Total sans batterie | +12 à 30 % | < 2 000 € |
Ces optimisations de pilotage-energie-solaire permettent d’atteindre 90 à 95 % d’autoconsommation sur un profil industriel diurne, sans les contraintes et le CAPEX d’une batterie.
FAQ
Une installation > 9 kWc nécessite-t-elle un permis de construire ?
En général non pour les installations sur toiture existante, mais une déclaration préalable de travaux peut être requise. Au-delà de certains seuils de puissance (100 kWc), un permis de construire peut être obligatoire. Vérifiez avec votre mairie et l’Architecte des Bâtiments de France si en secteur protégé.
L’Appel d’Offres CRE (AOS) concerne-t-il la tranche 30 kWc ?
Non. Une procédure d’appel d’offres simplifiée s’applique au-delà de 100 kWc (depuis l’automne 2025). Pour 30 kWc, le tarif réglementé OA (0,011 €/kWh depuis le 5 juin 2026, en surplus comme en vente totale) s’applique automatiquement sans appel d’offres.
Peut-on combiner 30 kWc avec une borne de recharge pour la flotte ?
Oui. Une flotte de 5 à 10 véhicules rechargée en journée consomme directement la production solaire, améliorant le taux d’autoconsommation et réduisant la facture de carburant. Les solutions de pilotage-energie-solaire permettent une gestion prioritaire de la charge des VE selon la production instantanée.
La prime autoconso était-elle compatible avec d’autres aides entreprise ?
Pour les dossiers antérieurs au 5 juin 2026 (elle est supprimée depuis), elle était compatible avec l’amortissement fiscal standard. En revanche, un soutien d’une collectivité territoriale portant sur l’installation photovoltaïque est incompatible avec le tarif d’achat lui-même : l’article 13 de l’arrêté du 6 octobre 2021 fait perdre le bénéfice du tarif à qui l’accepte. Un cofinancement ADEME peut par ailleurs conditionner ses propres montants. À vérifier avant de signer, pas après.
Faut-il un installateur RGE pour une installation tertiaire ?
La qualification RGE est obligatoire pour bénéficier du tarif OA (elle l’était aussi pour la prime autoconso, supprimée depuis le 5 juin 2026). Pour les installations > 36 kW, la qualification QUALIFELEC ou équivalente est généralement requise.
---
Conclusion
Pour une PME avec un profil de consommation diurne soutenu (froid, production, bureaux), une installation de 30 kWc représente un investissement HT net de ~27 000 € avec un retour entre 4 et 9 ans selon les hypothèses d’usage. La prime autoconso, qui était l’une des plus attractives du barème CRE pour cette tranche, est supprimée pour les demandes de raccordement déposées depuis le 5 juin 2026 : la rentabilité repose désormais sur l’autoconsommation. L’amortissement fiscal améliore encore la rentabilité nette pour les entreprises à l’IS.
Simuler le business case photovoltaïque pour votre PME →
---
*Sources : Arrêté du 1er juin 2026 modifiant l’arrêté du 6 octobre 2021 · ADEME "Photovoltaïque en autoconsommation pour les entreprises" 2025 · Service-Public.fr "Autoconsommation pour les professionnels" 2026 · Légifrance "Code de l’énergie — tarifs et contrats" · INSEE "Tarifs de l’électricité professionnelle" T1 2026*


