Un système de monitoring solaire mesure la production de votre installation, votre consommation et les échanges avec le réseau. Mais toutes les mesures ne se valent pas. Pour la revente du surplus ou la contractualisation avec EDF OA, les compteurs doivent respecter des exigences de précision réglementées — les directives MID et les classes de précision IEC. Ce guide démystifie la métrologie du monitoring photovoltaïque, explique pourquoi le compteur Linky ne suffit pas pour tout usage, et détaille ce qu’exige la réglementation CRE pour votre autoconsommation-solaire.
Qu’est-ce que la directive MID ?
MID : Measuring Instruments Directive
La directive MID (2014/32/UE) est le cadre européen qui définit les exigences métrologiques légales pour les instruments de mesure utilisés dans des transactions commerciales. Tout compteur d’énergie utilisé pour la facturation ou la revente d’électricité doit être certifié MID et porter le marquage CE accompagné du code métrologique « M » suivie de l’année de certification.
Instruments soumis à la MID en photovoltaïque :
- Compteurs d’énergie active pour la mesure du surplus injecté (facturation revente)
- Compteurs de production totale pour les contrats EDF OA
- Compteurs de consommation pour la facturation des fournisseurs d’énergie
Instruments hors MID (mesure interne non légale) :
- Afficheurs de production en temps réel des onduleurs
- Capteurs de rayonnement (pyranomètres)
- Systèmes de monitoring domotique (Shelly, Enphase Envoy en mode interne)
Classes de précision MID pour les compteurs d’énergie active
La norme IEC 62053-21 (AC static watt-hour meters) et la norme IEC 62053-22 définissent les classes de précision des compteurs d’énergie active :
| Classe MID | Erreur max en charge nominale | Erreur max en charge partielle (10 %) | Usage typique |
|---|---|---|---|
| Classe A | ± 2 % | ± 3 % | Usage domestique général |
| Classe B | ± 1 % | ± 1,5 % | Comptage résidentiel / petite entreprise |
| Classe C | ± 0,5 % | ± 1 % | Comptage tertiaire / industriel |
Attention
⚠️ Classe 1 vs Classe B : la terminologie peut prêter à confusion. « Classe 1 » dans l’ancienne norme IEC 61036 (retirée) correspond approximativement à la « Classe B » de la norme IEC 62053-21 actuelle. Les fiches techniques d’onduleurs plus anciens mentionnent parfois « classe 1 » — vérifiez toujours la référence normative exacte.
Ce que mesure (et ne mesure pas) le compteur Linky
Le compteur Linky : un compteur MID de distribution
Le compteur Linky est un compteur de distribution certifié MID (classe B selon IEC 62053-22) installé par Enedis. Il mesure :
- L’énergie soutirée du réseau (consommation)
- L’énergie injectée dans le réseau (surplus en autoconsommation)
Pour une installation en autoconsommation avec revente du surplus, le Linky mesure le surplus injecté avec une précision MID suffisante pour la rémunération EDF OA. Dans ce cas, aucun compteur supplémentaire n’est requis pour la revente.
Limites du Linky pour le monitoring de production
Le compteur Linky ne mesure pas la production brute de vos panneaux. Il mesure uniquement les flux aux bornes du point de livraison (compteur de réseau). Pour connaître votre production totale, il faut soit :
1. Lire la mesure de production directement dans l’onduleur (précision variable, non MID)
2. Installer un compteur de production certifié MID entre l’onduleur et le tableau électrique
Cette distinction est importante pour :
- Suivre les performances réelles de l’installation (détection de pannes)
- Calculer le taux d’autoconsommation réel
- Justifier la production auprès du fisc pour la déclaration de revenus (vente d’électricité)
Le cas particulier du Linky Pro (≥ 36 kVA)
Pour les installations raccordées en tarif Heure Pleine / Heure Creuse ou en puissance souscrite > 36 kVA (segments professionnels), Enedis installe un compteur Linky Pro avec téléreport toutes les 10 minutes. Ce compteur a des exigences de précision plus strictes (classe B ou C selon la puissance) et peut mesurer des puissances réactives nécessaires à la facturation du facteur de puissance.
Pour les installations de solaire-entreprise dépassant 36 kVA, la configuration du comptage doit être validée par Enedis lors du raccordement.
Monitoring de production : onduleur vs compteur dédié
La mesure de production intégrée à l’onduleur
Tous les onduleurs modernes (SMA, Fronius, Huawei, Enphase) intègrent une mesure de puissance et d’énergie sur l’entrée DC et/ou la sortie AC. Ces mesures sont affichées en temps réel via l’application de l’onduleur.
Précision typique des mesures onduleur :
| Fabricant | Précision mesure énergie | Certification MID |
|---|---|---|
| SMA Sunny Boy | ± 2 % sur énergie exportée | Non (usage interne) |
| Fronius Primo | ± 3 % sur énergie AC | Non (usage interne) |
| Huawei SUN2000 | ± 2 % sur énergie AC | Non (usage interne) |
| Enphase IQ Gateway | ± 5 % sans pince CT | Non (usage interne) |
Ces mesures sont suffisantes pour le suivi de performance interne mais ne sont pas valables pour la facturation ou la contractualisation.
Compteurs de production certifiés MID
Pour un monitoring conforme aux exigences réglementaires, un compteur bidirectionnel certifié MID doit être installé au point de connexion au tableau électrique. Les solutions les plus courantes :
| Produit | Classe | Interface | Prix indicatif |
|---|---|---|---|
| Eastron SDM630-Modbus | Classe B | Modbus RS485 | 80-120 € |
| Carlo Gavazzi EM340 | Classe B | Modbus / M-Bus | 150-200 € |
| ABB B23 312-100 | Classe B | Modbus | 180-250 € |
| Schneider iEM3155 | Classe C | Modbus / BACnet | 280-350 € |
| Hager ECR180D | Classe B | Pulse + RS485 | 100-150 € |
Ces compteurs se montent sur rail DIN dans le tableau électrique. Ils transmettent leurs mesures via Modbus RS485 ou M-Bus vers un système de monitoring central (box domotique, Raspberry Pi avec Home Assistant, plateforme SaaS comme celle de Fronius ou SMA).
À retenir
💡 Pour la revente du surplus : le compteur Linky d’Enedis suffit légalement pour la rémunération EDF OA. Un compteur MID supplémentaire est utile pour le suivi interne de performance et la détection précoce de pannes. Pour le pilotage de consommation, consultez notre guide pilotage-energie-solaire.
Exigences CRE et EDF OA pour le comptage
Convention d’injection avec Enedis
Lors du raccordement d’une installation en autoconsommation avec revente du surplus, Enedis installe ou paramètre un compteur de mesure conforme. Les données de ce compteur alimentent directement le contrat EDF OA (obligation d’achat).
Exigences comptage selon la puissance :
| Puissance installation | Compteur requis | Mesure |
|---|---|---|
| ≤ 9 kWc | Linky existant (paramétré injection) | Surplus mensuel (kWh) |
| 9 à 36 kWc | Compteur bidirectionnel Enedis (classe B) | Injection mensuelle (kWh) |
| 36 à 100 kWc | Compteur télérelevé (classe B ou C) | Injection toutes les 10 min |
| > 100 kWc | Comptage métrologique classe C + téléreport | Injection temps réel |
Pour les installations > 100 kWc (appel d’offres CRE), le comptage fait l’objet d’un cahier des charges métrologique spécifique dans le contrat.
La prime à l’autoconsommation (supprimée) et le comptage
La prime à l’autoconsommation est supprimée pour les demandes complètes de raccordement déposées depuis le 5 juin 2026 (arrêté du 1er juin 2026) ; pour les dossiers antérieurs, elle n’était pas conditionnée à un comptage spécifique. La rémunération du surplus (0,011 €/kWh de 0 à 100 kWc depuis le 5 juin 2026) est, elle, calculée sur la base du comptage Linky.
Pour les installations dont vous souhaitez optimiser le taux d’autoconsommation via des systèmes de pilotage-energie-solaire, un comptage de production haute précision est recommandé pour alimenter les algorithmes de prédiction.
Repères réglementaires (arrêté du 1er juin 2026)
| Paramètre | Valeur France depuis le 5 juin 2026 |
|---|---|
| Prime à l’autoconsommation | Supprimée (demandes complètes de raccordement depuis le 5 juin 2026) ; dossiers antérieurs : 80 €/kWc pour 9 kWc et moins, barème jusqu’au 4 juin 2026 |
| Surplus EDF OA 0-100 kWc | 0,011 €/kWh (tarif unique, contrat 20 ans, +2 %/an) |
| TVA ≤ 9 kWc dans un logement (y compris neuf), pose RGE | 5,5 % (taux normal si conditions non remplies ou au-delà de 9 kWc) |
| Prix TTC 3 / 6 / 9 kWc | 5-7,5 k€ / 9-12,5 k€ / 12-16 k€ |
| MaPrimeRénov pour PV autoconso | Non applicable |
Productible : irradiation × kWc × 0,82.
Monitoring et déclaration fiscale
Déclaration des revenus de la vente d’électricité
Les sommes perçues au titre de la revente du surplus sont des revenus imposables pour les particuliers. Depuis 2022, ils entrent dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux (BIC) avec un abattement forfaitaire de 50 % (micro-BIC) si le total des revenus de cession est inférieur à 77 700 € par an — seuil pratiquement impossible à atteindre pour une installation résidentielle.
EDF OA adresse une attestation annuelle mentionnant le montant total versé. Ce document est basé sur les relevés du compteur Linky. Aucun comptage supplémentaire n’est requis pour la déclaration.
Monitoring pour la garantie fabricant
La plupart des fabricants (Panasonic, JinkoSolar, Trina Solar) exigent un historique de production enregistré pour traiter les réclamations sous garantie de performance à 10 et 25 ans. Un système de monitoring avec stockage des données (portail fabricant ou solution tierce) protège vos droits en cas de dégradation anormale.
Les onduleurs SMA (Sunny Portal), Fronius (Solar.web), Huawei (FusionSolar) proposent des plateformes de monitoring gratuites qui stockent l’historique de production. Ces données ne sont pas MID-certifiées mais sont généralement acceptées par les SAV fabricants. Pour les installations résidentielles, la connexion de votre installation à ces plateformes est recommandée dès la mise en service.
Conclusion
Le compteur Linky répond aux exigences légales de comptage pour la revente du surplus dans le cadre du contrat EDF OA. Pour un suivi de performance précis et la détection précoce de pannes, un compteur MID classe B dédié à la production est un complément utile (100 à 200 €). La métrologie des compteurs de monitoring interne des onduleurs est satisfaisante pour l’usage quotidien mais ne remplace pas une mesure certifiée pour les transactions commerciales. Lancez votre simulation-solaire pour intégrer les coûts de monitoring dès la conception.
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FAQ
Le monitoring de mon onduleur est-il suffisant pour le contrat EDF OA ?
Non. Le contrat EDF OA est basé sur le comptage Enedis (Linky), pas sur les mesures de l’onduleur. Mais le monitoring onduleur est utile pour détecter les pannes et suivre les performances indépendamment du comptage réseau.
Doit-on installer un compteur de production séparé pour l’autoconsommation simple (sans revente) ?
Non. En autoconsommation sans revente, aucun comptage réglementaire n’est requis. Un compteur de monitoring dédié est uniquement utile pour votre suivi interne.
La classe de précision d’un compteur se dégrade-t-elle avec le temps ?
Oui légèrement. La métrologie légale impose une re-vérification périodique des compteurs en service légal (tous les 8 à 16 ans selon le type). Pour les compteurs de monitoring privés, la dérive est généralement inférieure à 0,5 % sur 10 ans dans des conditions normales.
Peut-on accéder aux données du Linky pour son monitoring personnel ?
Oui. Enedis propose une API (data.enedis.fr) permettant de récupérer les données de consommation et d’injection en courbes de charge (pas 30 min ou 10 min selon le contrat). L’accès nécessite l’activation du télérelevé dans votre espace Enedis.
Un Raspberry Pi avec compteur Modbus est-il légal pour le monitoring ?
Pour un usage interne (suivi de performance personnel), oui. Pour la facturation ou la contractualisation, non : seuls des compteurs certifiés MID peuvent servir de base légale à une transaction commerciale.
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*Sources : Directive MID 2014/32/UE · IEC 62053-21 "Electricity Metering Equipment AC Static Watt-hour Meters" · IEC 62053-22 "Static Meters for Active Energy" · Enedis "Guide de raccordement autoconsommation" 2025 · Arrêté du 1er juin 2026 modifiant l’arrêté du 6 octobre 2021 · ADEME "Autoconsommation photovoltaïque" 2025*


