L’idée que les centrales solaires au sol seraient systématiquement néfastes à la biodiversité mérite d’être nuancée. La réalité est plus complexe : les impacts dépendent du type de milieu d’implantation, des pratiques de gestion des espaces sous et autour des panneaux, et de la qualité des études environnementales conduites en amont. La Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) et l’Office Français de la Biodiversité (OFB) ont tous deux publié des guides sur la cohabitation entre solaire et biodiversité.
Quel impact sur la végétation et les sols ?
L’ombrage et la modification du microclimat
Les panneaux solaires modifient les conditions de lumière, de température et d’humidité sous leur surface. Sous les modules, la végétation reçoit moins de lumière directe mais bénéficie d’une plus grande humidité (condensation nocturne sur le verre, ruissellement concentré). Au niveau des allées entre rangées, la végétation est exposée à la lumière normale mais peut être soumise à un arrosage ponctuel lors des pluies canalisées par les panneaux.
Ces modifications créent des microhabitats diversifiés qui peuvent être favorables à certaines espèces, notamment des plantes des sous-bois et des insectes préférant les zones mi-ombragées.
Prairie vs culture intensive : le contexte compte
L’impact d’une centrale solaire dépend largement du milieu qu’elle remplace :
| Milieu d’implantation | Impact brut sur biodiversité |
|---|---|
| Prairie permanente ancienne | Négatif à court terme, variable selon gestion |
| Culture intensive (maïs, colza) | Neutre à positif : arrêt des pesticides |
| Friche industrielle ou dégradée | Positif : recolonisation rapide |
| Zone humide | Très négatif : à éviter absolument |
| Lande à bruyère | Variable selon espèces présentes |
| Bois de feuillus | Négatif : perte de canopée |
L’OFB recommande de prioriser les friches industrielles, les zones dégradées et les toitures avant tout autre milieu pour l’implantation de centrales solaires. Les projets sur prairies permanentes anciennes font l’objet d’une vigilance particulière.
L’impact sur l’avifaune
Les espèces sensibles identifiées par la LPO
La LPO a identifié plusieurs espèces d’oiseaux particulièrement sensibles à l’implantation de parcs solaires au sol :
Espèces steppiques et des milieux ouverts :
- Outarde canepetière (Tetrax tetrax) : espèce protégée dont la population française est en déclin sévère. Sensible aux structures verticales (mâts, poteaux) qui servent de perchoir aux prédateurs. La LPO demande des exclusions de zones sur l’aire de présence de l’espèce.
- Alouette des champs : moins sensible, peut nicher entre les rangées de panneaux si la végétation est maintenue.
- Circaète Jean-le-Blanc : rapace sensible aux projets en zone de chasse (pelouses sèches, garrigues).
Espèces favorisées par les centrales :
- Vanneau huppé et pluvier doré : peuvent utiliser les espaces entre rangées pour s’alimenter en hiver
- Perdrix grise : certaines études montrent une nidification en bordure de parcs solaires bien gérés
Attention
⚠️ Les études d’impact doivent inclure un diagnostic naturaliste complet couvrant au minimum les oiseaux nicheurs, les chiroptères, les reptiles, les amphibiens et les insectes. Un diagnostic réalisé sur une seule saison peut manquer des espèces à cycle saisonnier décalé.
L’effet « lac fantôme » pour les insectes aquatiques
Un phénomène documenté par des études hollandaises et allemandes : les insectes aquatiques (libellules, éphémères, trichoptères) peuvent confondre la surface réfléchissante des panneaux avec un plan d’eau et y pondre leurs œufs. Cette illusion, appelée « lac fantôme » ou « polarized light trap », est sans conséquence pour les espèces communes mais peut être problématique à proximité de zones humides abritant des espèces rares.
Des solutions existent : revêtements antireflets, orientation des panneaux pour réduire la réflexion polarisée, végétation en bordure de parc pour orienter les insectes. Ces mesures sont recommandées par l’OFB dans les projets à proximité de cours d’eau ou de zones humides.
Les pollinisateurs et les prairies fleuries
C’est l’aspect le plus médiatisé, souvent de façon excessive dans un sens ou dans l’autre. Voici les données objectives.
Études sur les abeilles et la végétation sous panneaux
Plusieurs études conduites au Royaume-Uni (université de Lancaster, 2021) et en Allemagne (université de Munich, 2022) ont mesuré la richesse floristique et entomologique sur des parcs solaires gérés en prairie extensive, comparés à des prairies améliorées adjacentes.
Résultats synthétiques :
- Les parcs solaires gérés en fauche tardive (après le 15 juillet) présentent une richesse floristique 2 à 3 fois supérieure aux prairies améliorées (prairies fertilisées et fauchées tôt)
- La densité d’insectes pollinisateurs est significativement plus élevée sous les panneaux orientés est-ouest (plus d’ombre portée = végétation plus diverse) qu’en rangées sud classiques
- Les papillons de prairie utilisent les zones mi-ombragées sous les panneaux comme corridor thermique en période chaude
Nuances importantes :
- Ces résultats ne s’appliquent qu’aux parcs avec une gestion active de la végétation (fauche extensive, pas d’herbicides, pas de broyage systématique)
- Comparés à des prairies permanentes anciennes non gérées, les parcs solaires présentent souvent une biodiversité moindre
- La richesse observée est donc relative au contexte agricole intensif environnant, pas à un idéal de naturalité
Le label « Biodiversité & Solaire »
Depuis 2022, Solar Power Europe et plusieurs associations environnementales travaillent à un référentiel commun de gestion de la biodiversité dans les centrales solaires. En France, le SER a publié un guide de bonnes pratiques en 2023. Ces initiatives encouragent :
- Fauche tardive et gestion extensive
- Zéro herbicide sous les panneaux
- Plantation de haies en périphérie
- Pose de gîtes à chauves-souris et à insectes sur les mâts
- Maintien de zones refuges non gérées
Les mammifères : renards, lapins et chiroptères
La recolonisation par les micromammifères
Les études de terrain montrent que les parcs solaires au sol, après quelques années, sont rapidement recolonisés par les micromammifères (campagnols, mulots, musaraignes). Ces espèces apprécient les abris créés par les structures métalliques des rangées. Cette recolonisation attire en retour les prédateurs : renards, blaireaux et rapaces nocturnes.
Le renard est souvent observé dans les parcs solaires européens. Il utilise l’espace sous les rangées comme couloir de déplacement protégé du vent et des prédateurs aériens. Sa présence est considérée comme un indicateur de bonne santé de l’écosystème local.
Les chiroptères
Les chauves-souris sont des indicateurs de qualité environnementale. Plusieurs espèces chassent les insectes qui prolifèrent sous les panneaux. Des études françaises (MNHN, 2023) sur des parcs solaires en Occitanie montrent que 8 à 12 espèces de chauves-souris fréquentent régulièrement ces milieux, dont certaines espèces rares comme le Grand Rhinolophe et la Barbastelle.
Les mâts de fixation des panneaux peuvent accueillir des gîtes artificiels (boîtes à chauves-souris) facilement installables. Cette pratique est recommandée par l’OFB comme mesure compensatoire dans les zones à enjeux chiroptères.
Eutrophisation : un risque sous-estimé
Quand les panneaux captent les eaux de pluie et les concentrent en un point, les eaux de ruissellement peuvent charger en polluants (poussières, déjections d’oiseaux, molécules des traitements de surface) et créer localement des phénomènes d’eutrophisation dans les zones réceptrices (fossés, cours d’eau).
Ce risque est limité avec une gestion correcte du site (végétation maintenue, talus filtrants, fossés bien dimensionnés) mais doit être pris en compte dans l’étude d’impact hydraulique obligatoire pour les projets de plus de 1 ha.
Ce que dit la réglementation
Pour les projets de plus de 1 MW, l’évaluation environnementale est obligatoire. Elle doit inclure :
- Un état initial de la biodiversité (faune, flore, habitats)
- Une analyse des impacts directs (occupation du sol) et indirects (modification des usages)
- Des mesures d’évitement, de réduction et de compensation (séquence ERC)
- Un plan de suivi environnemental pendant la durée d’exploitation
La séquence ERC (Éviter-Réduire-Compenser) est encadrée par le Code de l’Environnement. Les compensations écologiques doivent être proportionnelles aux impacts et réalisées avant la mise en service. Pour en savoir plus sur le cadre légal, consultez notre page reglementation-solaire.
Les projets sur des surfaces importantes et les grandes centrales (supérieures à 1 MWc) sont aussi couverts par notre guide centrale-solaire-grande-puissance et construction-solaire.
Conclusion
L’impact des centrales solaires au sol sur la biodiversité n’est ni uniformément positif ni uniformément négatif. Il dépend du milieu d’implantation, des pratiques de gestion et de la qualité des études environnementales. Sur friches industrielles ou cultures intensives avec une gestion extensive de la végétation, le bilan peut être favorable. Sur prairie permanente ancienne ou zone humide, il sera négatif. La clé réside dans le choix du site et dans l’engagement des exploitants à gérer la végétation dans une logique de biodiversité. Consultez notre guide panneau-solaire pour les alternatives en toiture.
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FAQ
Une centrale solaire peut-elle vraiment accueillir des abeilles ?
Oui, si la végétation est gérée de façon extensive (fauche tardive, zéro herbicide, espèces florales diversifiées). Des ruchers sont parfois installés dans des parcs solaires bien gérés en Allemagne et au Royaume-Uni. En France, des expériences similaires ont démarré en Occitanie et en Bretagne.
Comment savoir si un projet respecte la biodiversité ?
Demandez à consulter l’étude d’impact environnemental (obligatoire pour les projets > 1 MW) et le plan de suivi environnemental. Un projet sérieux doit présenter des résultats de suivi après mise en service (comptages faune, relevés floristiques).
Le solaire agrivoltaïque est-il meilleur pour la biodiversité ?
C’est nuancé. L’agrivoltaïsme maintient une activité agricole mais peut inclure des intrants (pesticides, engrais) incompatibles avec la biodiversité. Un parc solaire en prairie extensive sans agriculture peut être plus favorable à la faune qu’un projet agrivoltaïque avec maraîchage intensif.
Les panneaux solaires sont-ils dangereux pour les oiseaux en migration ?
Certaines études américaines ont montré que des centrales solaires très grandes (thermodynamiques à concentration) pouvaient attirer et tuer des oiseaux. Pour les centrales PV classiques, ce phénomène n’a pas été démontré à grande échelle. L’effet « lac fantôme » concerne principalement les insectes aquatiques.
Quelle distance d’exclusion faut-il prévoir autour d’un nid d’outarde canepetière ?
La LPO recommande une exclusion d’au moins 300 mètres autour des zones de nidification connues de l’outarde canepetière, et une étude préalable sur plusieurs saisons dans les zones de présence potentielle de l’espèce.
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*Sources : LPO « Guide centrales solaires et biodiversité » 2023 · OFB « Fermes solaires et biodiversité » 2022 · ADEME « ACV panneaux photovoltaïques » 2024 · France Énergie Solaire « Bonnes pratiques biodiversité » 2023 · MNHN « Chauves-souris et parcs solaires » 2023*


