Le mix électrique français produit 70 % de son électricité à partir du nucléaire, 12 % de l’hydraulique, 8 % de l’éolien et 4 % du solaire en 2025 (RTE, bilan électrique 2024). Un foyer parisien qui passe d’EDF Tarif Réglementé à Enercoop ne reçoit pas une autre électricité dans ses prises — il finance, via une Garantie d’Origine, un MWh renouvelable produit ailleurs en France ou en Europe.
Un foyer qui installe 6 kWc sur sa toiture, lui, produit 5 760 kWh/an localement (1 170 kWh/kWc·an PVGIS Île-de-France × PR 0,82). Chaque kWh autoconsommé est un kWh physiquement non tiré du réseau, et non payé. Cet article confronte la différence comptable au gain économique, et calcule l’écart cumulé sur 20 ans entre les deux choix.
Garanties d’Origine : ce que vous achetez réellement
Le cadre légal du « fournisseur vert » en France repose sur les Garanties d’Origine (GO), certificats émis par RTE pour chaque MWh d’électricité renouvelable produit en Europe (directive 2018/2001 UE Énergies Renouvelables, transposée à l’article L.314-14 du Code de l’énergie). Un fournisseur qui achète des GO peut certifier à son client qu’un MWh équivalent à sa consommation a été produit à partir d’une source renouvelable.
La réalité physique se découple du contrat :
- Le réseau électrique est indivis : l’électron qui arrive dans votre prise vient du mix français en temps réel — 70 % nucléaire, 12 % hydraulique, 8 % éolien, 4 % solaire, 6 % thermique fossile (RTE, bilan 2024).
- L’achat de GO ne modifie pas ce mix : il attribue comptablement un MWh renouvelable à votre consommation.
- Les GO de marché européen (les moins chères, 0,5 à 2 €/MWh) peuvent provenir de barrages hydroélectriques scandinaves construits dans les années 1960. L’ADEME parle de « blanchiment électrique » dans son rapport 2024 sur les GO.
Certains fournisseurs (Enercoop, Plüm, Ilek) achètent leurs GO uniquement auprès de producteurs français récents, parfois sous contrats directs (PPA). C’est plus exigeant que la GO de marché — mais ça ne modifie toujours pas le courant physique reçu.
Effet réel sur les émissions
Le mix français émet 50–80 gCO₂/kWh selon les heures (RTE, eCO₂mix temps réel) — déjà parmi les plus bas d’Europe (300–500 gCO₂/kWh en Allemagne, 700 g en Pologne en 2024). Passer d’EDF classique à un fournisseur vert réduit le bilan comptable individuel mais l’effet physique sur le système électrique est marginal. Le gain principal d’un fournisseur 100 % renouvelable français reste le financement direct de nouvelles capacités locales (effet additionnalité), reconnu par l’ADEME.
Prix des offres vertes en mai 2026
| Fournisseur | Type d’offre | Prix TTC 2026 (option Base, 6 kVA) | Origine GO |
|---|---|---|---|
| EDF Tarif Réglementé (référence, août 2026) | Mix nucl. + renouv. | 0,2001 €/kWh | — |
| Enercoop | 100 % renouvelable France contrats directs | 0,28–0,31 €/kWh | France, additionnalité prouvée |
| Plüm Énergie | 100 % renouvelable France | 0,26–0,30 €/kWh | France majoritaire |
| Ilek | Producteur français au choix | 0,26–0,30 €/kWh | France traçable |
| OHM Énergie | Mix avec HC ciblées | 0,21 €/kWh base / 0,18 € HC | GO marché européen |
| Engie « Vert et Local » | Mix renouvelable | 0,24–0,26 €/kWh | France majoritaire |
| EDF « Vert Électrique Régional » | Mix renouvelable | 0,25–0,26 €/kWh | France régionalisée |
Les fournisseurs verts engagés sont 30 à 55 % plus chers que le TRV au 1er août 2026, prix de la contractualisation directe avec producteurs et de la rigueur de traçabilité.
Autoproduction : un kWh non acheté vaut dix-huit fois un kWh injecté
Contrairement au fournisseur vert, l’autoproduction solaire réduit physiquement la consommation réseau. Chaque kWh produit et consommé sur place est un kWh non acheté, non facturé, indépendant du prix du marché.
Cas concret : 6 kWc Île-de-France, PVGIS et PR 0,82
Hypothèses calées sur les références canoniques : irradiation IDF 1 170 kWh/kWc·an plein sud 30° (PVGIS Commission européenne JRC), Performance Ratio 0,82 intégrant pertes câbles, onduleur, température et salissure.
- Production année 1 : 6 kWc × 1 170 × 0,82 = 5 760 kWh/an
- Autoconsommation sans batterie : 35 % (Enedis, profil ménage actif) = 2 016 kWh × 0,2001 €/kWh = 403 €/an d’économie
- Surplus 65 % : 3 744 kWh × 0,011 €/kWh (EDF OA, tarif unique depuis le 5 juin 2026) = 41 €/an de revenu
- Total flux annuel : 445 €/an la première année
- Prime à l’autoconsommation : supprimée pour les demandes de raccordement déposées depuis le 5 juin 2026 (elle était de 80 €/kWc, barème jusqu’au 4 juin 2026)
Avec routeur ECS + programmation HC/HP : autoconsommation 50 %, flux annuel monte à 608 €/an. Avec une batterie-solaire 10 kWh : autoconsommation 70 %, flux 826 €/an.
Protection face à l’inflation tarifaire
Le TRV bleu EDF est passé de 0,1740 €/kWh en 2022 à 0,2516 €/kWh en février 2024, puis 0,1940 € en février 2026 et 0,2001 € au 1er août 2026 — +15 % en quatre ans malgré la baisse récente (CRE, historique tarifaire). Chaque kWh autoconsommé est protégé de cette inflation sur la part correspondante de la consommation.
| TRV scénario | Économie annuelle 6 kWc IDF, autoconso 40 % |
|---|---|
| 0,2001 €/kWh (août 2026) | 461 € |
| 0,22 €/kWh | 507 € |
| 0,30 €/kWh | 691 € |
| 0,35 €/kWh | 806 € |
Le fournisseur vert n’offre pas cette protection : le tarif reste lié au marché de gros plus la marge fournisseur. Une hausse de 10 % du TRV se répercute proportionnellement sur Enercoop ou Plüm.
Matrice comparative : fournisseur vert vs autoproduction PV
| Critère | Fournisseur vert | Solaire PV 6 kWc |
|---|---|---|
| Investissement initial | 0 € | 9 000–13 000 € TTC (TVA 5,5 %) |
| Économie annuelle nette | -500 à -930 €/an (surcoût vs TRV) | +445 à +826 €/an (autoconso + surplus) |
| Effet sur la facture EDF | Légère hausse | Réduction 35–70 % selon configuration |
| Effet CO₂ | Comptable (GO + additionnalité partielle) | Physique (kWh non tiré du mix marginal) |
| Démarches | 30 min en ligne | 2–4 mois (devis RGE + permis + Enedis) |
| Engagement contractuel | 1 an, résiliable sans frais | 25–30 ans (durée de vie modules) |
| Garantie performance | Néant | 25–30 ans à 87,4 % (Tier 1 TOPCon) |
| Valeur résiduelle | 0 | Actif patrimonial (+3 à +6 % prix au m² selon notaires SeLoger) |
| Compatibilité l’une avec l’autre | — | Cumulable : fournisseur vert pour résiduel réseau |
Les deux approches sont cumulables : un foyer peut souscrire Enercoop pour la consommation réseau résiduelle (hiver, soir, nuit) tout en autoconsommant via 6 kWc. Le bilan combiné : 100 % de la consommation annuelle couverte en électricité renouvelable, ~70 % en autoproduction physique locale, ~30 % en GO traçable français.
Cadre 2026 pour le solaire : aides et fiscalité
Le PV en autoconsommation résidentielle ≤ 9 kWc bénéficie en 2026 de deux leviers ; le troisième, la prime, a disparu :
- Prime à l’autoconsommation : supprimée pour les demandes complètes de raccordement déposées depuis le 5 juin 2026 (80 €/kWc pour 9 kWc et moins, barème jusqu’au 4 juin 2026). Seuls les dossiers antérieurs la conservent.
- TVA 5,5 % sur fourniture + pose si logement, quelle que soit son ancienneté, et installateur RGE QualiPV et matériel conforme aux critères de l’arrêté (article 278-0 bis P du Code général des impôts modifié par LF 2025).
- Tarif d’achat surplus EDF OA : 0,011 €/kWh (1,1 c€ HT), tarif unique de 0 à 100 kWc depuis le 5 juin 2026, indexé de +2 %/an sur les 20 ans de contrat (arrêté du 1er juin 2026).
Hors champ : MaPrimeRénov’ ne finance pas le photovoltaïque, ni en autoconsommation ni en vente totale. Depuis la suppression de la prime, le tarif d’achat du surplus est le seul soutien national direct au PV résidentiel.
Concernant la fiscalité du surplus revendu : un particulier en autoconsommation qui revend < 3 000 € de surplus par an est exonéré d’impôt sur le revenu (article 35 ter du CGI). Pour les règles détaillées, voir fiscalite-solaire. Pour l’ensemble des aides locales et régionales, aides-solaire.
Simulation économique sur 20 ans
Pour rendre la comparaison concrète, voici une projection sur 20 ans pour un foyer consommant 8 500 kWh/an (tarif réseau actuel 0,2001 €/kWh, hypothèse hausse annuelle 3 %) :
Scénario 1 : fournisseur vert (Enercoop, tarif 0,29 €/kWh)
- Surcoût vs tarif réglementé : (0,29 - 0,2001) × 8 500 = 764 €/an de surcoût
- Sur 20 ans avec hausse de prix parallèle des deux offres : surcoût cumulé environ 20 500 €
- Aucun actif créé, aucune valorisation immobilière
Scénario 2 : installation solaire 6 kWc (investissement 10 000 € net)
- Économies annuelles (autoconso + surplus) : 445–826 €/an
- Avec hausse tarif réseau 3 %/an, les économies croissent chaque année
- Cumul économies 20 ans : 12 000–22 000 €
- Valorisation du bien estimée : +3 000–6 000 € (DPE amélioré)
L’écart sur 20 ans entre les deux approches, investissement de 10 000 € déduit, est de l’ordre de 22 000 à 33 000 € en faveur du solaire PV — sans compter la valorisation immobilière.
Attention
⚠️ Hypothèse à manier avec prudence : ces projections supposent que les prix du réseau continuent d’augmenter. Si les prix se stabilisaient (scénario peu probable historiquement), le retour solaire serait allongé mais resterait positif sur 20 ans.
Projection 20 ans : 22 000 à 33 000 € d’écart
Foyer 4 personnes consommant 8 500 kWh/an, TRV bleu 0,2001 €/kWh, hypothèse de hausse tarif réseau 2,5 %/an (médiane CRE rapport prévisionnel 2027) :
Scénario 1 — Enercoop seul, sans solaire (0,29 €/kWh)
- Surcoût annuel vs TRV : (0,29 - 0,2001) × 8 500 = 764 €/an
- Cumul 20 ans avec hausse parallèle 2,5 %/an : surcoût 19 500 €
- Aucun actif créé, aucune valorisation immobilière
Scénario 2 — Solaire 6 kWc IDF (11 000 € installé, sans prime)
- Année 1 : flux net 445 € (autoconso 35 % + surplus + protection inflation)
- Pas de prime à ajouter : elle est supprimée pour les demandes de raccordement depuis le 5 juin 2026
- Cumul 20 ans avec dégradation panneaux 0,5 %/an, TRV +2,5 %/an et tarif de rachat indexé +2 %/an : flux cumulé ~10 700 €
- Plus-value immobilière estimée : +3 000 à +6 000 € (notaires SeLoger, données prix DPE A/B vs C/D 2024)
- Bilan net : +2 700 à +5 700 € sur 20 ans, déduction faite du CAPEX (11 000 €)
Scénario 3 — Combinaison solaire + Enercoop pour le résiduel
- Production locale 5 760 kWh/an autoconsommée à 50 % avec routeur ECS
- Consommation réseau résiduelle 5 620 kWh/an × 0,29 €/kWh = 1 630 €/an
- Économie vs scénario 1 (Enercoop seul) : 8 500 × 0,29 - 1 630 = 835 €/an d’économie
- Cumul 20 ans : ~17 700 €, plus valorisation immobilière, plus garantie 100 % renouvelable origine France
Écart cumulé 20 ans entre scénario 1 et scénario 2 : ~22 000 à 25 000 € en faveur du solaire.
Pour décider
Trois questions à se poser :
1. Objectif climat ou objectif facture ? Si l’objectif est uniquement de soutenir le renouvelable, un fournisseur vert français à GO traçable (Enercoop, Ilek, Plüm) suffit. Si l’objectif inclut la facture, le solaire est plus efficace dès qu’une toiture exploitable existe.
2. Toiture exploitable ? Orientation sud, sud-est ou sud-ouest, inclinaison 15–45°, pas d’ombre majeure, charpente saine, > 25 m² disponibles, pas d’ABF bloquant. Si oui, simuler. Si non, fournisseur vert reste l’option.
3. Capacité d’investissement ou prêt accessible ? 11 000 € à mobiliser, ou 117 €/mois sur 10 ans (voir pret-bancaire-solaire-taux-2026-comparatif). Si oui, le ROI tient ; si non, étirer la durée ou combiner avec un éco-PTZ bouquet.
Le scénario optimal en mai 2026 : solaire 6 kWc + fournisseur vert traçable français pour le résiduel. Voir aussi batterie-solaire pour la décision stockage et autoconsommation-solaire pour le cadre général.
Confrontez votre toiture et votre consommation à un calcul réel →
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FAQ
Quel est le tarif d’EDF en 2026 ?
Depuis le 1er août 2026, le TRV bleu EDF option Base est de 0,2001 €/kWh TTC (6 kVA). Option HC/HP : 0,1589 €/kWh en heures creuses, 0,2142 €/kWh en heures pleines. Abonnement 6 kVA : 190,35 €/an, en Base comme en HC/HP.
Passer chez Enercoop sans panneaux a-t-il un impact réel sur le climat ?
L’impact comptable est réel : Enercoop achète l’équivalent de votre consommation auprès de producteurs renouvelables français sous contrat direct, ce qui finance l’additionnalité (nouvelles capacités). L’effet physique sur le mix électrique français est marginal car le mix est déjà très décarboné (50–80 gCO₂/kWh, RTE eCO₂mix). L’impact net dépend du fournisseur : Enercoop et Ilek prouvent l’additionnalité ; EDF Vert et Engie Vert s’appuient majoritairement sur des GO de marché européen moins discriminantes.
Mon fournisseur vert peut-il racheter mon surplus solaire ?
Pas directement, mais c’est compatible. Vous restez client Enercoop ou Plüm pour votre consommation, et signez en parallèle un contrat d’obligation d’achat (CRO) avec EDF OA pour le surplus injecté. Les deux contrats sont indépendants et coexistent sur le même compteur Linky.
Peut-on revendre toute sa production (vente totale) plutôt que l’autoconsommer ?
Pas en résidentiel ≤ 9 kWc : la vente totale est fermée aux installations de 9 kWc et moins depuis l’arrêté du 26 mars 2025. Au-delà, jusqu’à 100 kWc, elle est payée au même tarif unique que le surplus, 0,011 €/kWh depuis le 5 juin 2026, contre 0,2001 €/kWh évités pour chaque kWh autoconsommé. L’autoconsommation avec revente du surplus reste le régime dominant en résidentiel.
La TVA à 5,5 % s’applique-t-elle pour mon installation 6 kWc ?
Oui, sous trois conditions cumulatives (article 278-0 bis P du CGI, modifié par LF 2025) : logement, quelle que soit son ancienneté, installateur certifié RGE QualiPV (annuaire Qualit’ENR), puissance ≤ 9 kWc. Hors champ : locaux commerciaux, vente sans pose. Le logement neuf, lui, est éligible : l’ancienneté n’est pas une condition.
MaPrimeRénov’ peut-elle compléter un investissement solaire ?
Non sur le PV lui-même. MaPrimeRénov’ ne finance pas le photovoltaïque en autoconsommation, ni en vente totale (Service-Public.fr fiche F35580). Elle finance en revanche PAC air/eau, chaudière biomasse, solaire thermique CESI, isolation et VMC double flux — qui peuvent constituer un bouquet de travaux avec PV.
Quels fournisseurs verts offrent la meilleure traçabilité en 2026 ?
Enercoop et Ilek sont reconnus pour leurs contrats directs (PPA) avec des producteurs français identifiés. Plüm certifie l’origine France majoritaire. Les grandes enseignes (offres « vertes » EDF, Engie Vert et Local) s’appuient principalement sur des GO de marché européen moins différenciantes — ADEME parle alors d’impact additionnel limité.
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*Sources : RTE — Bilan électrique 2024 et eCO₂mix temps réel, https://www.rte-france.com · Tarif réglementé de vente au 1er août 2026 · Arrêté du 1er juin 2026 modifiant l’arrêté du 6 octobre 2021 · ADEME — Note Garanties d’Origine : analyse et recommandations 2024 · Service-Public.fr — Fiches F165 (TRV) et F35580 (MaPrimeRénov’) · Code de l’énergie — article L.314-14 sur les Garanties d’Origine (directive UE 2018/2001).*


