L’agrivoltaïsme en élevage connaît un essor rapide en France depuis la loi APER 2023 : des panneaux photovoltaïques installés à 3 à 5 mètres de hauteur permettent aux ovins, bovins et caprins de pâturer librement sous les modules, tout en produisant une électricité valorisée sur contrat 20 ans. Des trackers mono-axe mobiles combinés à des panneaux espacés optimisent simultanément la production électrique et l’ombrage adaptatif pour le bétail. Ce guide fait le point sur les modèles techniques disponibles, la rentabilité réelle pour l’éleveur et les tarifs OA applicables en 2026.
Pourquoi l’élevage est la filière agrivoltaïque la plus aboutie
Le critère légal de service rendu à l’agriculture
La loi APER n°2023-175 définit l’agrivoltaïsme par quatre critères cumulatifs : service à la production agricole, non-dégradation du potentiel agronomique, finalité agricole principale, et réversibilité. Pour l’élevage ovin et bovin, le premier critère est le plus facile à démontrer :
- Confort thermique : les bovins et ovins soumis à des températures > 25-27°C subissent un stress thermique qui réduit la production laitière de 10 à 35 % selon les études INRAE (2022-2024). L’ombrage procuré par les panneaux réduit mesurament ce stress pendant les canicules.
- Protection contre les intempéries : pluie, grêle, vent — les animaux trouvent sous les structures solaires un abri naturel sans coût supplémentaire.
- Réduction de l’évapotranspiration : l’ombre partielle des panneaux ralentit le dessèchement de la prairie, maintenant un couvert végétal plus long en période de sécheresse.
Ces bénéfices sont objectivement mesurables et documentables dans le plan de suivi agronomique exigé par la loi.
Les enseignements des sécheresses 2022 et 2023
Les étés 2022 et 2023 ont été des accélérateurs pour l’agrivoltaïsme en élevage. Sur les pilotes instrumentés par l’INRAE et les chambres d’agriculture, les parcelles sous panneaux ont montré :
- Maintien d’une biomasse herbacée supérieure de 15 à 25 % par rapport aux parcelles témoins pendant les périodes sèches
- Température au sol inférieure de 3 à 6°C sous les modules en période estivale
- Réduction de la consommation d’eau des animaux estimée à 8-12 % grâce au confort thermique
Ces données servent désormais d’argumentaire agronomique dans les dossiers de permis de construire et les demandes de qualification agrivoltaïque auprès des CDPENAF.
Configurations techniques : trackers vs structure fixe
La structure fixe haute
La configuration la plus répandue en agrivoltaïsme élevage consiste en des rangées de panneaux fixes inclinés à 10-15° montés sur des poteaux de 4 à 5 mètres de hauteur libre, permettant le passage des engins agricoles. L’espacement entre rangées (pitch) est de 7 à 12 mètres pour maintenir un taux de couverture du sol de 25 à 40 %.
| Paramètre | Structure fixe haute |
|---|---|
| Hauteur libre sous structure | 3,5-5 m |
| Taux de couverture sol | 25-40 % |
| Gain de production vs sol standard | -5 à -10 % (ombrage inter-rangées limité) |
| Coût indicatif vs sol standard | +20-35 % sur la structure |
| Compatibilité passage engins | Oui (tracteur + remorque) |
Le tracker mono-axe : la combinaison optimale
Le tracker mono-axe permet aux panneaux de s’orienter Est-Ouest au fil de la journée, maximisant la production solaire tout en modulant l’ombrage. En position haute (panneau quasi-vertical), il laisse passer toute la lumière solaire au zénith — permettant la croissance des plantes. En position inclinée en début ou fin de journée, il capte les rayons rasants pour la production électrique.
Ce pilotage du profil d’ombrage est précisément ce que la loi APER qualifie de « service dynamique à la production agricole » : l’installation s’adapte aux besoins des cultures et des animaux plutôt que d’imposer un ombrage fixe.
| Paramètre | Tracker mono-axe |
|---|---|
| Gain de production vs structure fixe | +12-18 % |
| Modulation de l’ombrage | Oui (algorithme programmable) |
| Hauteur minimale sous structure | 3-4 m (selon modèle) |
| Surcoût vs structure fixe | +15-25 €/m² de module |
| Compatibilité passage engins | Oui avec trackers haute jambe |
À retenir
💡 Sur une ferme de 500 kWc avec trackers, le gain de production par rapport à une structure fixe haute représente 60 000 à 90 000 kWh supplémentaires par an, soit 4 500 à 8 000 € de revenus annuels au tarif AOS. Le surcoût des trackers est amorti en 6 à 10 ans.
Tarifs OA agrivoltaïsme en 2026 : ce que dit la CRE
Les AOS CRE dédiés à l’agrivoltaïsme
Depuis la loi APER 2023, les projets agrivoltaïques > 500 kWc ont accès à une famille d’AOS CRE dédiée avec un prix plafond supérieur à celui des centrales au sol standards, pour refléter les surcoûts des structures hautes et du suivi agronomique.
| Famille AOS | Prix plafond 2026 (indicatif) | Prix attribués récents |
|---|---|---|
| Sol standard | 0,085-0,095 €/kWh | 0,055-0,078 €/kWh |
| Agrivoltaïsme | 0,105-0,125 €/kWh | 0,075-0,095 €/kWh |
Pour les projets < 500 kWc en élevage, la valorisation peut se faire via le tarif d’achat réglementé si l’installation est en autoconsommation avec surplus, ou via un AOS CRE 100-500 kWc si elle est en vente totale.
Prime autoconso pour les petits projets agrivoltaïques
Pour un éleveur qui installe 50 à 100 kWc en autoconsommation sur bâtiment ou en agrivoltaïsme, la prime autoconso CRE T2 2026 s’applique :
- 9-36 kWc : 120 €/kWc (versée une fois par l’ASP)
- 36-100 kWc : 60 €/kWc
Le surplus vendu à EDF OA est rémunéré à 0,0473 €/kWh pour 9-100 kWc.
Modèle économique : rentabilité pour l’éleveur
Scénario 1 : élevage ovin, 300 kWc, tracker mono-axe
Un éleveur ovin de 350 brebis avec 30 ha de prairies installe 300 kWc en configuration tracker mono-axe sur 5 ha. Hypothèses pour la région Centre-Val de Loire (productible 1 150 kWh/kWc/an) :
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Production annuelle | 345 000 kWh |
| Tarif AOS CRE agrivoltaïsme | 0,082 €/kWh |
| Revenus électricité annuels | 28 290 €/an |
| CAPEX (structure haute tracker, 1,10 €/Wc TTC) | 330 000 € |
| OPEX annuel (maintenance + assurance + monitoring) | 9 000-12 000 €/an |
| Cash-flow net annuel après service dette | 12 000-16 000 €/an |
| Retour sur investissement fonds propres (30 %) | 12-16 ans |
À ces revenus électriques s’ajoutent les bénéfices agricoles : réduction des coûts vétérinaires liés au stress thermique (estimée à 800-1 500 €/an pour 350 brebis) et maintien du couvert végétal réduisant l’achat de fourrage en été.
Scénario 2 : élevage bovin laitier, 500 kWc, structure fixe
Un éleveur laitier de 80 vaches avec 70 ha installe 500 kWc sur 8 ha de prairies en structure fixe haute.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Production annuelle (1 200 kWh/kWc) | 600 000 kWh |
| Tarif AOS CRE agrivoltaïsme | 0,080 €/kWh |
| Revenus électricité annuels | 48 000 €/an |
| CAPEX (structure fixe haute, 0,95 €/Wc TTC) | 475 000 € |
| Gain laitier estimé (réduction stress thermique) | 3 000-8 000 €/an |
| OPEX annuel | 14 000-18 000 €/an |
| Cash-flow net annuel | 19 000-26 000 €/an |
Pour les aides financières mobilisables (PCAE, FEADER, prime autoconso), consultez aides-solaire.
Procédures administratives : le parcours du combattant
L’avis obligatoire de la CDPENAF
Pour tout projet agrivoltaïque en zone A (agricole) du PLU, l’avis de la Commission Départementale de Préservation des Espaces Naturels, Agricoles et Forestiers (CDPENAF) est obligatoire. Cette commission évalue :
- La qualité agronomique des parcelles concernées
- La compatibilité de l’installation avec l’activité d’élevage
- Le plan de suivi agronomique proposé
L’avis de la CDPENAF est consultatif mais son avis négatif fragilise fortement le dossier de permis de construire. Il est recommandé de rencontrer le président de la CDPENAF et la chambre d’agriculture départementale en amont.
Le plan de suivi agronomique
La loi exige un plan de suivi agronomique sur toute la durée de l’installation. Ce plan doit définir :
- Les indicateurs de mesure de l’activité agricole (charge animale, biomasse, production laitière ou viande)
- La fréquence de mesure (annuelle minimum)
- Les seuils de déclenchement de mesures correctives si dégradation constatée
- Les modalités de réversibilité en cas d’arrêt du projet
Consultez reglementation-solaire pour les détails des procédures d’instruction en zone A.
Points de vigilance pour les éleveurs
La question des clôtures et de la sécurité des animaux
Les structures agrivoltaïques modifient le parcellaire habituel. Les câbles de raccordement, les fondations et les pieds de structure doivent être sécurisés contre les frottements des bovins et les chocs de tracteurs. Des protections spécifiques (gaines, manchons, gabariers) sont à prévoir dans le cahier des charges.
L’entretien de la végétation sous les panneaux
La végétation sous les panneaux en configuration tracker ou fixe peut former des zones de refuge pour les ravageurs. Un entretien mécanique ou par broutage contrôlé (brebis en rotation) est recommandé. Les ovins sont particulièrement adaptés au débroussaillage sous panneaux grâce à leur gabarit.
La compatibilité avec les aides PAC
Les parcelles agrivoltaïques maintenant une production agricole significative restent éligibles aux aides PAC (paiements directs, mesures agro-environnementales) selon les conditions définies par la DGPE. La charge animale minimale et les pratiques agricoles requises doivent être maintenues et documentées.
Pour les aspects de simulation économique, utilisez simulation-solaire pour modéliser la production de votre projet.
Conclusion
L’agrivoltaïsme en élevage ovin et bovin est le segment où la qualification légale (service rendu à l’agriculture) est la plus solide et la plus facilement démontrable. Les trackers mono-axe offrent le meilleur compromis production électrique/ombrage adaptatif, au prix d’un surcoût de 15 à 25 % sur la structure. Pour un éleveur avec 30 à 100 ha de prairies, un projet de 300 à 1 000 kWc peut générer 15 000 à 50 000 € de revenus nets annuels sur 20 ans, cumulables avec les revenus de l’élevage et les aides PAC.
Estimez le potentiel agrivoltaïque de vos parcelles et calculez votre dossier AOS →
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FAQ
Un projet agrivoltaïque ovin de 200 kWc nécessite-t-il un permis de construire ?
Oui. Tout projet agrivoltaïque en zone A du PLU nécessite un permis de construire, quelle que soit la puissance. La déclaration préalable n’est pas suffisante pour les structures au sol en zone agricole.
Les trackers sont-ils compatibles avec le passage de tracteurs et d’engins de fenaison ?
Oui, à condition de choisir des trackers à jambes hautes (hauteur libre ≥ 4,5 m) et d’espacer suffisamment les rangées (pitch ≥ 10 m pour les grandes ensileuses). Consultez un installateur spécialisé agrivoltaïque pour le dimensionnement adapté à votre matériel agricole.
L’agrivoltaïsme est-il compatible avec une agriculture biologique ?
Oui, dans la mesure où les matériaux et les pratiques d’entretien sous les panneaux sont conformes aux cahiers des charges bio. Les structures métalliques en elles-mêmes ne posent pas de problème de certification bio.
Quelle est la durée minimale d’un contrat AOS agrivoltaïsme ?
20 ans, comme tous les contrats de complément de rémunération CRE. La mise en service doit intervenir dans le délai fixé par le cahier des charges (généralement 36 mois après notification).
Un éleveur peut-il porter seul un projet de 500 kWc ou faut-il un développeur ?
Les deux modèles coexistent. Un éleveur peut porter seul le projet (avec accompagnement d’un bureau d’études) et en être le propriétaire sur 20 ans. Alternativement, un développeur spécialisé peut prendre en charge le développement, les démarches et le financement en échange d’un loyer foncier de 2 000 à 5 000 €/ha/an.
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*Sources : INRAE "Agrivoltaïsme et élevage — résultats pilotes 2022-2024" · Légifrance Loi APER n°2023-175 art. 54 · MSA "Revenus agrivoltaïques — traitement fiscal" 2024 · CRE "Cahier des charges AOS agrivoltaïsme T2 2026" · Chambres d’Agriculture France "Guide agrivoltaïsme élevage" 2025*


