Le solaire flottant sur plans d’eau intérieurs — bassins de carrières, gravières, canaux d’irrigation, retenues d’eau industrielles — s’est développé rapidement depuis 2019. Les ports, marinas et rades maritimes constituent une nouvelle frontière, avec des projets pilotes en Camargue, dans la rade de Cherbourg et sur des bassins portuaires de l’Atlantique. Le bilan 2026 montre des gains de rendement réels de 8 à 12 % par rapport aux installations terrestres, mais aussi des contraintes spécifiques : résistance aux embruns, gestion des conflits d’usage et impact sur les écosystèmes aquatiques. Ce guide fait le point.
Pourquoi le solaire flottant gagne du terrain
L’effet de refroidissement par l’eau
Le principal avantage technique du solaire flottant est la réduction de la température des cellules photovoltaïques. Les modules PV voient leur rendement baisser d’environ 0,4 % par degré Celsius au-dessus de 25°C (température standard de test). Sur une installation terrestre en région méditerranéenne en été, les modules peuvent atteindre 60 à 75°C, réduisant leur rendement de 14 à 20 %.
Sur un plan d’eau, l’évaporation de l’eau et la conduction thermique avec la surface maintiennent les modules à des températures inférieures de 8 à 15°C par rapport à une installation au sol équivalente. Le gain de production annuel mesuré sur les installations flottantes françaises est de 8 à 12 % par rapport au même nombre de modules en installation terrestre.
La pression sur le foncier terrestre
Dans les zones littorales et les grands ports industriels, le foncier disponible pour des installations terrestres est rare et coûteux. Les bassins portuaires, darses industrielles et retenues d’eau représentent des surfaces libres qui, jusque-là, ne produisaient aucune énergie. Le solaire flottant valorise ces surfaces sans empiéter sur des terres agricoles ou naturelles.
Attention
⚠️ Le solaire flottant ne se résume pas aux grands lacs. Des bassins de traitement d’eaux usées (100 à 500 m²), des retenues collinaires d’irrigation (1 000 à 10 000 m²) ou des darses portuaires (5 000 à 50 000 m²) constituent des sites adaptés. Les coûts et contraintes diffèrent radicalement selon le contexte.
État des lieux des projets en France en 2026
Les installations sur plans d’eau intérieurs
Les premiers projets commerciaux français de solaire flottant ont été réalisés sur des gravières et carrières en eau (Alsace, Val de Loire, Gironde). Ces sites offrent les meilleures conditions : eaux calmes, pas de contraintes maritimes, raccordement ENEDIS en HTA possible.
Le site de Piolenc (Vaucluse), développé par Q.Energy sur une gravière de 17 ha, est l’une des références françaises avec 17 MWc installés depuis 2021. Le bilan 2025 confirme un gain de production de +9 % par rapport à une simulation sol standard, validant les modèles théoriques.
Les projets en marina et port
Les ports et marinas posent des défis supplémentaires par rapport aux plans d’eau intérieurs :
- Salinité et embruns : corrosion accélérée des structures métalliques et des connecteurs électriques
- Houle et clapot : fatigue mécanique des flotteurs et des connexions électriques flexibles
- Conflits d’usage : navigation des bateaux, activités de pêche, accès aux appontements
- Écosystèmes marins : impact sur la faune et la flore sous-marine (ombrage, fixation des biofoulings)
En 2026, les projets pilotes en contexte portuaire strictement maritime restent peu nombreux en France. Le port de commerce de Nantes-Saint-Nazaire a réalisé des études de faisabilité sur ses bassins intérieurs (eaux calmes, peu d’embruns). Des marinas de plaisance en Languedoc et en Bretagne explorent des structures fixes sur des zones non navigables en extrémité de pontons.
Le projet Camargue : combinaison irrigation et solaire
En Camargue, des projets pilotes associent des panneaux flottants sur les canaux d’irrigation des rizières à une double fonction : production électrique et réduction de l’évaporation. L’ombrage des panneaux diminue l’évapotranspiration de 30 à 50 % sur les surfaces couvertes, un enjeu majeur dans ce contexte de ressource en eau sous pression. Ces projets sont étudiés conjointement par l’INRAE et les syndicats d’irrigation camarguais.
Technologies disponibles : flotteurs, ancrage, connexions
Les systèmes de flotteurs
Deux grandes familles de systèmes flottants coexistent sur le marché :
| Type | Matériau | Avantages | Limites |
|---|---|---|---|
| Flotteurs PEHD modulaires | Polyéthylène haute densité | Robustesse, longévité 25 ans, recyclable | Coût unitaire élevé |
| Structures pontonnières aluminium | Aluminium marine grade | Légèreté, rigidité, résistance embruns | Coût de fabrication sur mesure |
| Systèmes gonflables/ETFE | Membranes polymères | Légèreté, adaptabilité | Durabilité encore en évaluation |
Pour les contextes marins (marina, rade), seuls les matériaux certifiés marine grade (aluminium 5083, PEHD résistant UV, acier inox 316L) sont adaptés. Les systèmes conçus pour les plans d’eau douce ne résistent pas à la corrosion marine sans traitement spécifique.
Ancrage et câblage flexible
Le système d’ancrage doit maintenir l’installation en position tout en permettant les variations de niveau d’eau (marée, variations saisonnières) et en résistant aux contraintes de vent et de courant. Les solutions courantes sont :
- Ancrage par corps-morts (blocs béton ou acier sur le fond) avec câbles en polyamide ou inox
- Ancrage sur berges pour les bassins de petite taille
- Systèmes de tension variable avec bouées de surface pour les sites à forte marée
Les câbles électriques entre la structure flottante et le poste de raccordement terrestre doivent être flexibles et résistants à la traction (câbles en caoutchouc EPR ou XLPE avec armure inox).
Rendement et production : données 2026
Gains mesurés sur les sites français
| Site | Contexte | Gain production mesuré vs sol |
|---|---|---|
| Piolenc (84), 17 MWc | Gravière eau douce | +9 % |
| Boirat (33), 4,5 MWc | Carrière eau douce | +8,5 % |
| Camargue pilote (13), 0,8 MWc | Canal irrigation | +10 % (mais variation saisonnière) |
Ces gains s’expliquent à 70 % par l’effet de refroidissement et à 30 % par la réflexion de la lumière sur l’eau (effet albédo). En hiver, quand les températures terrestres sont fraîches, le différentiel de température eau/air est moins favorable et le gain tombe à 3-5 %.
Impact sur le taux de couverture de l’eau
Un point d’attention écologique : couvrir plus de 30-40 % d’un plan d’eau avec des panneaux perturbe significativement la photosynthèse de la végétation aquatique et les cycles biologiques des poissons. Les autorités environnementales françaises recommandent de ne pas dépasser 20-25 % de la surface d’un plan d’eau naturel. Cette contrainte limite la densité des projets sur les sites à enjeu écologique.
Cadre réglementaire et autorisations
Plans d’eau intérieurs
Pour les gravières et retenues d’eau, l’installation flottante nécessite :
- Autorisation Loi sur l’Eau (déclaration ou autorisation selon la surface et le type de plan d’eau)
- Évaluation d’impact environnemental pour les surfaces > 1 ha
- Permis de construire pour les structures > 20 m² de surface hors eau
Domaine public maritime et fluvial
Pour les ports, marinas et canaux navigables relevant du domaine public maritime (DPM) ou du domaine public fluvial (DPF), une concession d’utilisation du domaine public est nécessaire, accordée par :
- La préfecture maritime ou la DDTM pour le DPM
- VNF (Voies Navigables de France) pour le DPF
Ces concessions sont accordées pour des durées de 15 à 30 ans. Les redevances domaniales sont calculées sur la surface utilisée et les revenus générés.
Pour les aspects de gestion de production et d’optimisation, voir pilotage-energie-solaire. Pour le cadre réglementaire général, consultez reglementation-solaire.
Conflits d’usage et acceptabilité sociale
La cohabitation avec la pêche et la plaisance
Les projets en marinas et ports génèrent des conflits d’usage avec les usagers habituels. Les retours d’expérience des projets pilotes montrent que :
- La transparence dès la conception (réunions publiques, plans de circulation) est déterminante pour l’acceptabilité
- Des couloirs de navigation clairement définis dans le plan d’eau réduit les frictions avec les plaisanciers
- La coopération avec les associations de pêche sur le suivi de la faune piscicole est recommandée
L’impact visuel
L’impact paysager des installations flottantes est fort, notamment en contexte touristique (marinas, rades). Les porteurs de projets doivent intégrer ce paramètre dès la conception et proposer des études paysagères.
Coûts et rentabilité
CAPEX du solaire flottant vs terrestre
| Type d’installation | Coût TTC indicatif (€/Wc) |
|---|---|
| Centrale au sol standard | 0,70-0,90 €/Wc |
| Solaire flottant eau douce | 0,95-1,20 €/Wc |
| Solaire flottant marin (marina) | 1,20-1,60 €/Wc |
Le surcoût du flottant (25-80 % selon le contexte) est partiellement compensé par le gain de production (+8-12 %) et l’absence de coût foncier. Pour les grandes surfaces (> 5 MWc), les économies d’échelle réduisent l’écart.
Les installations flottantes > 500 kWc peuvent candidater aux AOS CRE comme les centrales terrestres, avec les mêmes tarifs (0,055-0,078 €/kWh pour les sessions 2025-2026). Des bonifications sont envisagées dans la prochaine révision des cahiers des charges pour récompenser l’innovation flottante. Pour plus de détails sur les aides mobilisables, voir aides-solaire.
Conclusion
Le solaire flottant en marina et port représente une technologie prometteuse, avec des gains de rendement documentés de 8 à 12 % et une valorisation de surfaces non utilisées. En 2026, les projets sur plans d’eau intérieurs (gravières, retenues) sont matures et commercialement éprouvés. Les projets en contexte marin strict (marinas, rades) restent au stade pilote en France, avec des défis techniques (corrosion, houle) et réglementaires (concessions domaniales) non encore totalement résolus. Les 3 à 5 prochaines années seront déterminantes pour la montée en puissance de cette filière.
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FAQ
Quelle est la durée de vie des flotteurs en polyéthylène ?
Les fabricants annoncent 25 à 30 ans pour les flotteurs PEHD de qualité marine, avec une résistance aux UV certifiée. En pratique, les retours d’expérience sur les sites les plus anciens (5-8 ans) confirment une dégradation mécanique très limitée sur plans d’eau intérieurs. Pour les sites marins, la durée de vie réelle reste à confirmer sur une durée complète.
Un projet de solaire flottant peut-il bénéficier des tarifs AOS CRE ?
Oui. Il n’existe pas de famille AOS spécifique au flottant en 2026 : les projets flottants > 500 kWc candidatent aux mêmes AOS sol ou toiture selon leur configuration. Des adaptations des cahiers des charges sont à l’étude pour créer une famille dédiée ou un bonus innovant.
Les panneaux flottants nécessitent-ils un nettoyage plus fréquent ?
Pas nécessairement. L’humidité favorise un auto-nettoyage partiel. En revanche, les dépôts d’algues et de biofouling sur les flotteurs et la partie inférieure des structures nécessitent un entretien annuel. Le dessalage des connexions électriques est obligatoire sur les sites marins.
Quel impact sur la faune aquatique sous les panneaux ?
Les études INRAE montrent que l’ombrage des panneaux réduit la croissance des algues et favorise certaines espèces piscicoles cherchant l’ombre (perches, brochets). L’impact global dépend du taux de couverture : en dessous de 25 % de la surface, les études n’ont pas mis en évidence d’impact négatif significatif sur les écosystèmes.
La TVA est-elle récupérable pour un opérateur de marina ?
Oui, si l’opérateur est assujetti à la TVA pour son activité portuaire. Les investissements dans une installation photovoltaïque destinée à l’autoconsommation ou à la vente d’électricité ouvrent droit à déduction de la TVA (20 %) dans le cadre du régime normal.
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*Sources : ADEME "Bilan solaire flottant France 2025" · INRAE "Agrivoltaïsme et plans d’eau — rapport annuel 2024" · CRE "Résultats AOS 2025-2026" · SER "Panorama des énergies renouvelables T1 2026" · Légifrance Code général de la propriété des personnes publiques (domaine public maritime)*


