Le solaire flottant (ou FPV — Floating Photovoltaics) consiste à poser des panneaux solaires sur des structures flottantes ancrées à la surface de plans d’eau : lacs de carrière, retenues de barrages, bassins d’irrigation, réservoirs d’eau potable. En France, les premiers projets de grande envergure ont dépassé le stade expérimental. En 2026, le pays dispose d’une poignée d’installations commerciales et d’un pipeline de projets qui laisse entrevoir 1 à 2 GWc d’ici 2030. Ce guide présente les réalisations réelles, les avantages documentés et les questions encore ouvertes.
Pourquoi le solaire flottant ?
Un foncier abondant et non disputé
La France dispose de milliers de lacs de carrière (extraction de granulats, sablières) dont la superficie cumulée atteint plusieurs dizaines de milliers d’hectares. Ces plans d’eau, souvent sans usage économique primaire une fois l’extraction terminée, ne sont pas en concurrence directe avec l’agriculture ou l’urbanisation.
Les retenues de barrages hydrauliques d’EDF et de CNR (Compagnie Nationale du Rhône) représentent une surface encore plus considérable. Un recoupement partiel des 580 barrages EDF avec des zones d’ensoleillement suffisant identifie un potentiel théorique de plusieurs gigawatts.
Les avantages techniques du refroidissement par l’eau
Un effet physique joue en faveur du FPV : les cellules photovoltaïques perdent environ 0,35 à 0,45 % de rendement par degré Celsius au-dessus de 25 °C (coefficient de température, cellules silicium standard). Sur une installation au sol en plein été, la température des cellules peut atteindre 60-70 °C, avec une perte de rendement de 10 à 20 %.
Sur l’eau, l’effet de refroidissement par évaporation et par conduction avec la surface liquide maintient les cellules plus fraîches. Plusieurs études (NREL 2024, Fraunhofer ISE 2023) documentent un gain de production de 8 à 12 % par rapport à une installation fixe au sol équivalente dans les mêmes conditions d’ensoleillement — un avantage réel, mais à ne pas exagérer.
La réduction de l’évaporation
Sur les retenues d’irrigation, les bassins de stockage d’eau potable et certains réservoirs industriels, les panneaux FPV réduisent l’évaporation de la surface d’eau couverte de 30 à 70 % selon la saison et le taux de couverture. Dans les régions méditerranéennes où la ressource en eau est sous pression, cet avantage peut avoir une valeur économique directe pour les gestionnaires de l’eau.
Les projets français de référence
Q.Energy Piolenc (Vaucluse) — 17 MWc
Le projet Piolenc FPV de Q.Energy (groupe Qualitas Energy), mis en service en 2022, est la plus grande installation de solaire flottant de France à cette date. Il repose sur un lac de carrière désaffecté dans le Vaucluse.
Données clés :
- Puissance : 17,5 MWc
- Surface d’eau couverte : environ 18 hectares (sur un plan d’eau de 36 ha)
- Structure : flotteurs HDPE avec panneaux bifaciaux en orientation sud
- Production annuelle mesurée : ~22 000 MWh/an
- Raccordement : poste source 63 kV existant à 2 km
- Tarif : contrat PPA + complément de rémunération CRE
Ce projet a servi de référence technique pour la filière française et ses données de production sont régulièrement citées dans les études sectorielles.
EDF Renouvelables — Projet Lazer (Hautes-Alpes)
EDF Renouvelables développe un projet de solaire flottant sur la retenue du barrage de Lazer dans les Hautes-Alpes, une retenue hydroélectrique d’EDF.
La particularité de ce projet est le couplage solaire-hydraulique : en période de forte production solaire, la centrale hydroélectrique réduit sa production (économisant l’eau), et prend le relais en période de faible ensoleillement. Ce couplage augmente la valeur système de l’installation solaire en la dotant d’une capacité de stockage implicite.
À retenir
💡 Le couplage FPV-hydraulique est l’une des applications les plus prometteuses pour la France, qui dispose d’un parc hydroélectrique de 25 GW. L’ADEME a identifié un potentiel de 3 à 5 GW de FPV sur les retenues d’EDF et CNR, sous réserve d’autorisation environnementale.
CNR — Rhône et retenues navigables
La Compagnie Nationale du Rhône (CNR), gestionnaire de 19 aménagements hydroélectriques sur le Rhône, a lancé plusieurs projets-pilotes FPV sur ses retenues. Le canal d’amenée du barrage de Donzère-Mondragon a accueilli une première installation expérimentale en 2021.
Questions environnementales : biodiversité et qualité de l’eau
L’impact sur la biodiversité aquatique
C’est le principal point de vigilance soulevé par les associations environnementales et les gestionnaires de plans d’eau. Les panneaux FPV réduisent la pénétration de la lumière dans l’eau sous les structures, ce qui peut :
- Réduire la photosynthèse des algues et des plantes aquatiques
- Modifier les habitats des espèces piscicoles et des oiseaux d’eau
- Réduire la prolifération des algues (effet négatif sur la biodiversité, mais positif pour la qualité de l’eau potable)
Les études disponibles (NREL 2024, Fraunhofer ISE 2023) concluent que les impacts sont significativement liés au taux de couverture : une couverture inférieure à 30 % de la surface totale du plan d’eau présente des impacts limités sur la biodiversité. Au-delà, les impacts deviennent préoccupants pour les espèces qui dépendent de l’ensoleillement de l’eau.
En France, la réglementation impose une étude d’impact environnemental pour toute installation FPV de plus de 1 MWc sur un plan d’eau naturel ou semi-naturel.
Les plans d’eau industriels : un cas différent
Sur les bassins de décantation industriels, les réservoirs d’eau potable et les plans d’eau à usage industriel, les enjeux de biodiversité sont moindres et les avantages (réduction d’évaporation, prévention des algues) peuvent justifier des taux de couverture plus élevés.
Coûts et rentabilité du FPV
Comparaison FPV vs installation au sol
| Critère | Solaire au sol standard | FPV sur lac |
|---|---|---|
| Coût de construction (€/kWc) | 700-900 | 950-1 300 |
| Production annuelle (kWh/kWc/an) | 1 200-1 500 (Provence) | 1 300-1 650 (+10 %) |
| Maintenance annuelle (€/MWc/an) | 8 000-12 000 | 15 000-22 000 |
| LCOE estimé 2026 (Provence) | 35-50 €/MWh | 45-65 €/MWh |
| Durée de vie attendue | 30-35 ans | 20-25 ans (flotteurs HDPE) |
Le FPV coûte 20 à 40 % de plus à construire et à maintenir qu’une installation au sol équivalente. Le gain de production de 8-12 % ne compense qu’en partie ce surcoût. La rentabilité repose donc sur la valeur du foncier aquatique (pas de compétition agricole, faible coût de location) et sur les spécificités de chaque site.
Pipeline 2030 en France
Selon le SER (Syndicat des Énergies Renouvelables), la France avait environ 50 à 80 MWc de FPV en service ou en construction fin 2025, et un pipeline de projets autorisés ou en développement de 600 à 900 MWc. L’objectif indicatif de la PPE (Programmation Pluriannuelle de l’Énergie) pour le FPV est de 1 à 2 GWc à horizon 2028-2030.
Ce déploiement est conditionné à la résolution de deux blocages principaux : la simplification des procédures d’autorisation sur les retenues hydrauliques (lourdeur des procédures Loi sur l’Eau) et l’accès aux appels d’offres CRE avec des critères adaptés au FPV.
Conclusion
Le solaire flottant en France a franchi le stade de la démonstration : Piolenc est une centrale commerciale qui produit de l’énergie depuis 2022. Le couplage avec les retenues hydroélectriques ouvre une perspective d’intégration système très intéressante. Les défis restent le surcoût de construction, la durabilité des flotteurs à 20-25 ans, et l’impact environnemental sur les écosystèmes aquatiques. Pour un opérateur de centrale construction-solaire cherchant du foncier sans compétition agricole, le FPV sur lac industriel ou de carrière mérite sérieusement d’être évalué.
Consultez notre guide centrale-solaire-grande-puissance pour les autres options de déploiement à grande échelle.
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FAQ
Les panneaux solaires flottants résistent-ils aux tempêtes et aux vagues ?
Les structures FPV sont dimensionnées pour résister aux vagues et au vent selon les conditions locales. Sur les lacs fermés (faibles vagues), les structures légères suffisent. Sur les grandes retenues exposées au vent, des structures renforcées (type portique ou tension ancrée) sont utilisées. Les systèmes sont généralement conçus pour des vents de 120 à 150 km/h.
Peut-on installer du FPV sur une piscine privée ou un bassin de rétention ?
Techniquement oui, mais les coûts d’ancrage et de raccordement ne sont pas amortissables à petite échelle. Le FPV n’a de sens économique qu’à partir de plusieurs hectares (puissance > 500 kWc). Pour un bassin de rétention agricole, consultez les opérateurs spécialisés en agrivoltaïsme.
Le FPV est-il éligible à la prime autoconso CRE ?
Non. Les projets FPV dépassent généralement le seuil de 100 kWc et s’inscrivent dans les appels d’offres CRE (complément de rémunération ou tarif d’achat) ou des PPA privés. La prime autoconso (80-120 €/kWc — barème jusqu’au 04/06/2026) s’applique uniquement aux installations ≤ 100 kWc en autoconsommation.
Les flotteurs HDPE sont-ils recyclables en fin de vie ?
Le polyéthylène haute densité (HDPE) est recyclable. Les fabricants (Ciel & Terre, FS InnoVa) ont mis en place des filières de reprise en fin de vie dans certains pays. En France, la réglementation sur le recyclage des équipements PV s’étend progressivement aux composants non-panneaux.
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*Sources : NREL « Floating Solar Techno-Economic Analysis » 2024 · Fraunhofer ISE « Floating PV Power Plants » 2023 · ADEME « Solaire flottant en France » 2024 · SER « Bilan éolien et photovoltaïque » 2025 · Q.Energy « Piolenc FPV Project Data » 2024*


