Un restaurant gastronomique ou un hôtel de taille moyenne figure parmi les établissements les plus énergivores du secteur tertiaire : entre 80 et 200 kWh par couvert servi pour la restauration traditionnelle, et des factures d’électricité qui dépassent régulièrement 30 000 à 80 000 € par an pour un établissement de taille courante. La concomitance entre le pic de production solaire (11h–15h) et la pointe de consommation (préparation du service du midi, charge des chambres en journée) crée une opportunité d’autoconsommation particulièrement favorable. Ce guide explique comment dimensionner et financer une installation rooftop pour un restaurateur ou un hôtelier en 2026.
Profil de consommation du secteur CHR : un cas d’école pour le solaire
Les postes de consommation dominants
Dans un restaurant, la cuisine représente 40 à 60 % de la facture d’électricité totale. Les équipements les plus gourmands en énergie sont :
- Fours à convection et combinés vapeur : 6 à 20 kW par appareil
- Plaques à induction : 3 à 7 kW par zone
- Cellules de refroidissement rapide : 2 à 5 kW
- Hottes d’extraction avec moteurs : 3 à 8 kW en continu pendant le service
- Vitrines réfrigérées et chambres froides : consommation permanente
Dans un hôtel, les postes dominants sont la climatisation (dans les chambres et parties communes), le chauffage de l’eau chaude sanitaire et l’éclairage des parties communes.
Le miracle de la concomitance
La spécificité avantageuse du CHR : le service du midi mobilise les équipements de cuisine entre 10h et 14h, exactement pendant les heures de pointe de production solaire. Un taux d’autoconsommation de 55 à 75 % est réaliste pour un restaurant qui travaille principalement en journée. Pour un hôtel avec climatisation diurne, ce taux peut atteindre 65 à 80 %.
À retenir
💡 Le solaire couvre d’autant mieux les besoins que l’établissement fonctionne uniquement en journée. Un restaurant fermé le soir ou un hôtel avec clientèle d’affaires absente le week-end a un profil encore plus favorable à l’autoconsommation.
Dimensionnement : quelle puissance pour un CHR ?
Méthode de dimensionnement rapide
Le principe : ne pas surdimensionner par rapport à la consommation diurne, sauf si vous envisagez une batterie ou la vente du surplus.
| Type d’établissement | Conso électrique annuelle indicative | Puissance solaire recommandée |
|---|---|---|
| Restaurant 30 couverts | 40 000–70 000 kWh/an | 20–40 kWc |
| Restaurant 80 couverts | 80 000–150 000 kWh/an | 40–80 kWc |
| Hôtel 20 chambres | 60 000–100 000 kWh/an | 30–50 kWc |
| Hôtel 50 chambres | 120 000–200 000 kWh/an | 60–100 kWc |
| Hôtel-restaurant 50 couverts + 30 chambres | 150 000–250 000 kWh/an | 80–120 kWc |
Le productible indicatif en France métropolitaine : irradiation × kWc × 0,82. En Île-de-France, environ 950–1 050 kWh/kWc/an ; en Occitanie ou PACA, 1 200–1 400 kWh/kWc/an.
Les contraintes rooftop spécifiques au CHR
Les restaurants et hôtels disposent souvent de toitures-terrasses ou de toitures plates avec de nombreux équipements techniques : unités extérieures de climatisation, extracteurs de cuisine, caissons de ventilation, éléments de cheminée. La disponibilité de surface utile est souvent réduite à 30–60 % de la surface brute de toiture.
Faites réaliser un calepinage précis par un installateur avant de vous engager sur une puissance. Consultez aussi notre guide toit-plat-solaire pour les systèmes de lestage et les contraintes de charge sur les toitures-terrasses.
Prix et tarifs applicables en 2026
Coût d’installation tertiaire 0,8-1,2 €/Wc
Pour les installations professionnelles de 20 à 100 kWc, le prix indicatif 2026 est de 0,80 à 1,20 €/Wc TTC (TVA 20 %, non récupérable sauf si assujetti TVA).
| Puissance | CAPEX total TTC indicatif |
|---|---|
| 20 kWc | 16 000–24 000 € |
| 40 kWc | 30 000–46 000 € |
| 80 kWc | 58 000–90 000 € |
| 100 kWc | 72 000–112 000 € |
Si l’établissement est assujetti à la TVA (ce qui est le cas des restaurateurs et hôteliers soumis à la TVA), la TVA à 20 % est récupérable sur l’installation, ce qui réduit le CAPEX net de 16,7 %.
Prime autoconso CRE T2 2026 et tarifs de rachat
- Prime autoconso : supprimée pour les demandes de raccordement depuis le 5 juin 2026 (les dossiers antérieurs conservent celle de leur trimestre)
- Surplus EDF OA : 0,011 €/kWh de 0 à 100 kWc
- Vente totale : 0,011 €/kWh également (tarif unique de 0 à 100 kWc depuis le 5 juin 2026)
Pour un restaurant avec une forte pointe midi, l’autoconsommation est toujours plus rentable que la vente totale car chaque kWh autoconsommé évite d’acheter de l’électricité à 0,20–0,25 €/kWh.
Calcul du retour sur investissement : exemple concret
Hypothèse : restaurant 60 couverts, Paris, installation 40 kWc
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Production annuelle (1 000 kWh/kWc) | 40 000 kWh/an |
| Taux d’autoconsommation | 65 % |
| kWh autoconsommés | 26 000 kWh (économie 5 720 €/an à 0,22 €/kWh) |
| kWh surplus vendus | 14 000 kWh × 0,011 = 154 €/an |
| Prime autoconso | Supprimée (demandes de raccordement depuis le 5 juin 2026) |
| CAPEX TTC | 38 000 € |
| CAPEX net après récup TVA | 38 000 - 6 333 = 31 667 € |
| Cash-flow annuel net | ~5 874 €/an |
| Retour sur investissement indicatif | ~5,4 ans |
Dans une fourchette haute (CAPEX 46 000 € TTC, taux autoconso 55 %) le retour sur investissement est de l’ordre de 7–8 ans.
Optimiser la consommation avant d’installer
L’audit énergétique : une étape préalable indispensable
Avant de dimensionner une installation solaire, réalisez un audit énergétique de votre établissement. Cet audit identifie les postes de gaspillage les plus importants et permet de réduire la consommation totale avant de choisir la puissance à installer. Un restaurant consommant 120 000 kWh/an avant audit peut descendre à 90 000 kWh/an avec des mesures simples (réglage des chambrières, isolation des hottes, optimisation des cycles de froid).
Installer du solaire sur une consommation réduite de 25 % permet souvent de dimensionner une puissance inférieure et d’améliorer le taux d’autoconsommation.
Le pilotage de charge : valoriser chaque kWh solaire
Un gestionnaire d’énergie (système de pilotage) peut déclencher automatiquement les appareils les plus consommateurs pendant les heures de forte production solaire :
- Préchauffage de la plonge en milieu de matinée
- Mise en froid des chambres froides supplémentaires entre 11h et 14h
- Cycle de lavage des machines à vaisselle calé sur la pointe solaire
Ces automatismes simples peuvent augmenter le taux d’autoconsommation de 10 à 15 points supplémentaires. Consultez pilotage-energie-solaire pour les solutions disponibles.
Aspects pratiques : installation sur un établissement en activité
Travaux en dehors des heures d’ouverture
Les travaux de pose sur toiture peuvent être réalisés en dehors des heures d’ouverture ou pendant une fermeture annuelle. Le raccordement au tableau électrique de l’établissement nécessite une coupure de quelques heures.
Autorisation d’urbanisme
Les établissements recevant du public (ERP) en zone commerciale sont souvent situés en dehors des périmètres ABF. Dans les centres-villes historiques, une autorisation de travaux peut être requise si la toiture est visible depuis l’espace public. Consultez notre guide reglementation-solaire pour les démarches selon votre commune.
Financement et leasing
Le crédit-bail (leasing) est un outil courant dans le secteur CHR : l’installation est financée par un organisme tiers et les loyers sont des charges déductibles. Cette solution préserve la trésorerie de l’établissement tout en permettant de profiter immédiatement des économies d’énergie.
Pour une vue d’ensemble des mécanismes de financement disponibles, consultez autoconsommation-solaire et solaire-entreprise.
Conclusion
Pour un restaurateur ou un hôtelier, le solaire rooftop est l’un des investissements énergétiques avec le meilleur rapport coût/économie en 2026. La concomitance entre pic de production solaire et pointe de consommation midi, combinée à la récupération de TVA, peut ramener le retour sur investissement à 5–8 ans. L’essentiel est de bien dimensionner l’installation par rapport à la consommation diurne réelle et de travailler avec un installateur RGE expérimenté sur les contraintes des toitures-terrasses. *(Prime à l’autoconsommation supprimée depuis le 05/06/2026, arrêté du 01/06/2026.)*
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FAQ
La graissse de la hotte peut-elle endommager les modules solaires ?
Oui si l’extracteur de cuisine est mal orienté. Le calepinage doit positionner les modules loin des débouchés de ventilation grasse. Un nettoyage annuel des modules proches des extracteurs est recommandé.
Un restaurant classé Monument Historique peut-il installer du solaire ?
La réponse dépend de l’ABF. Les installations en toiture non visible depuis la rue publique sont souvent acceptées après instruction. Voir notre guide dédié sur les bâtiments religieux et monuments pour les principes applicables aux ERP patrimoniaux.
Le solaire peut-il couvrir aussi le chauffage de l’eau chaude sanitaire ?
Le photovoltaïque peut alimenter une pompe à chaleur eau-eau ou un thermoplongeur électrique pour chauffer l’ECS. Le solaire thermique (capteurs tubulaires) est plus efficace pour ce seul usage mais les deux technologies sont complémentaires.
Les revenus de vente de surplus sont-ils soumis à la TVA ?
Oui. Les restaurateurs et hôteliers assujettis à la TVA doivent déclarer les revenus de vente d’électricité à EDF OA. Le taux applicable est de 20 % sur ces ventes. EDF OA émet une attestation annuelle des volumes injectés.
Peut-on intégrer une batterie pour stocker le surplus nocturne ?
Pour un CHR sans consommation nocturne, l’intérêt d’une batterie est limité. En revanche, pour un hôtel avec climatisation nocturne ou un restaurant qui livre des repas le soir, une batterie de 20–50 kWh peut augmenter le taux d’autoconsommation de 15 à 25 points. Consultez batterie-solaire pour les coûts actuels.
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*Sources : ADEME "Consommations énergétiques dans la restauration" 2024 · Arrêté du 1er juin 2026 modifiant l’arrêté du 6 octobre 2021 (tarifs de rachat, fin de la prime autoconso) · UMIH "Guide énergie CHR" 2025 · FFB "Coûts des installations photovoltaïques tertiaires 2026" · impots.gouv.fr "TVA et énergies renouvelables"*


