L’installation d’une centrale photovoltaïque sur un bâtiment professionnel ne se limite pas à une décision énergétique : c’est un investissement comptable et fiscal à part entière. Les entreprises soumises à l’impôt sur les sociétés (IS) ou déclarant leurs bénéfices dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux (BIC) peuvent amortir le coût de l’installation sur 20 ans, déduire les charges d’exploitation et, selon leur régime, bénéficier d’un amortissement dégressif. Ce guide détaille la mécanique fiscale applicable en 2026.
Régime fiscal applicable selon la forme juridique
Avant d’aborder l’amortissement, il convient de distinguer les deux grandes situations :
Entreprises soumises à l’IS (SA, SAS, SARL…)
Les sociétés soumises à l’impôt sur les sociétés inscrivent l’installation photovoltaïque à l’actif immobilisé de leur bilan. Le coût d’acquisition (matériel, pose, raccordement, études) constitue une immobilisation corporelle (compte 2135 — Installations techniques, matériels et outillages industriels, ou 2138 pour les autres immobilisations). La charge fiscalement déductible prend la forme d’un amortissement annuel, qui vient réduire le résultat imposable à l’IS.
Entrepreneurs individuels au régime réel BIC
Les artisans, commerçants et autres entreprises individuelles soumises au régime réel (BIC) appliquent les mêmes règles comptables que les sociétés : immobilisation à l’actif, amortissement annuel déductible du résultat BIC. Le résultat net, après déduction de l’amortissement, est intégré à l’assiette de l’impôt sur le revenu du foyer fiscal.
Attention
⚠️ Les entreprises au régime micro-BIC ne tiennent pas de comptabilité d’engagement et ne peuvent donc pas déduire d’amortissements. Ce régime est généralement incompatible avec une installation de puissance significative. Le passage au régime réel est nécessaire dès que l’installation génère des revenus ou des charges notables.
Durée d’amortissement : 20 ans pour le photovoltaïque
Le principe
L’administration fiscale (BOFiP, BIC-AMT) admet une durée d’amortissement de 20 ans pour les installations photovoltaïques, qu’il s’agisse de modules, d’onduleurs, de structures de montage ou de câblage. Cette durée est cohérente avec la durée de vie réelle des équipements et avec les garanties de performance des fabricants (généralement 25 ans pour les modules).
Décomposition par composants
La méthode des composants (obligatoire pour les sociétés, art. 322-3 du PCG) impose de distinguer les éléments dont la durée de vie est significativement différente :
| Composant | Durée d’amortissement admise |
|---|---|
| Modules photovoltaïques | 20 ans |
| Onduleurs | 10-15 ans (remplacement à mi-vie) |
| Structures de montage | 20 ans |
| Câblage et protection électrique | 20 ans |
| Système de monitoring | 5-7 ans |
En pratique, les onduleurs font souvent l’objet d’un composant distinct avec une durée de 10 à 15 ans, ce qui permet d’accélérer leur déduction lors du remplacement.
Amortissement linéaire vs dégressif
Linéaire : la règle de base
L’amortissement linéaire répartit la valeur de l’actif de manière égale sur sa durée de vie. Pour une installation de 100 000 € HT amortie sur 20 ans, la dotation annuelle est de 5 000 € par an (taux 5 %).
La première annuité est calculée au prorata temporis à partir de la date de mise en service. Si l’installation est mise en service le 1er juillet, la première dotation est de 2 500 € (6/12 de l’annuité pleine).
Dégressif : accélération fiscale en début de période
L’amortissement dégressif est autorisé pour les biens d’équipement dont la durée normale d’utilisation est d’au moins 3 ans (art. 39 A du CGI). Le taux dégressif est calculé en appliquant un coefficient multiplicateur au taux linéaire :
| Durée d’amortissement | Coefficient | Taux dégressif |
|---|---|---|
| 3 ou 4 ans | 1,25 | — |
| 5 ou 6 ans | 1,75 | — |
| > 6 ans | 2,25 | — |
Pour une installation photovoltaïque amortie sur 20 ans, le taux linéaire est de 5 %. Le taux dégressif est donc de 5 % × 2,25 = 11,25 % appliqué à la valeur nette comptable résiduelle.
Exemple chiffré (installation 100 000 € HT, 20 ans)
| Année | Base dégressif | Dotation dégressif | Dotation linéaire |
|---|---|---|---|
| 1 | 100 000 € | 11 250 € | 5 000 € |
| 2 | 88 750 € | 9 984 € | 5 000 € |
| 3 | 78 766 € | 8 861 € | 5 000 € |
| 4 | 69 905 € | 7 864 € | 5 000 € |
| 5 | 62 041 € | 6 980 € | 5 000 € |
| … | … | … | 5 000 € |
Le dégressif est fiscalement plus avantageux les premières années (dotations plus élevées = résultat imposable plus faible). Il convient particulièrement aux entreprises qui anticipent des résultats élevés en début d’exploitation ou qui souhaitent accélérer leur retour sur investissement fiscal.
À retenir
💡 Lorsque le dégressif génère une dotation inférieure à ce que donnerait le linéaire calculé sur la durée restante, l’entreprise bascule automatiquement sur le linéaire. Ce basculement intervient généralement autour de la 10e année pour une installation sur 20 ans.
Charges d’exploitation déductibles en BIC/IS
Au-delà de l’amortissement, plusieurs charges annuelles sont déductibles :
- Maintenance et entretien : contrats de maintenance préventive, nettoyage, interventions curatives
- Assurance : prime d’assurance multirisque couvrant l’installation
- Intérêts d’emprunt : si l’installation est financée par crédit, les intérêts sont déductibles l’année de leur paiement
- Frais de monitoring : abonnements aux plateformes de supervision de production
- Remplacement d’onduleurs : les coûts de remplacement en cours de vie sont déductibles immédiatement s’ils ne prolongent pas la durée de vie de l’actif principal
Pour une installation tertiaire de 100 kWc, l’OPEX annuel déductible représente typiquement 3 000 à 8 000 €, soit un gain fiscal de 900 à 2 400 € par an au taux d’IS de 25 %.
Traitement fiscal des revenus solaires
Autoconsommation
Les kWh autoconsommés réduisent la facture d’électricité de l’entreprise. Cette économie n’est pas un revenu fiscal distinct : elle se traduit simplement par une baisse des charges d’exploitation (compte 606 — achats d’énergie). Aucune déclaration particulière n’est requise pour les kWh autoconsommés.
Vente de surplus
Les revenus tirés de la vente de surplus à EDF OA (tarif unique 0,011 €/kWh de 0 à 100 kWc depuis le 5 juin 2026) constituent un produit d’exploitation imposable à l’IS ou au BIC. Ils sont comptabilisés au compte 701 (ventes de produits finis) ou 708 (produits des activités annexes) selon l’activité principale de l’entreprise.
Prime autoconso (dossiers antérieurs au 5 juin 2026)
La prime autoconso est supprimée pour les demandes de raccordement déposées depuis le 5 juin 2026. Pour les dossiers plus anciens qui la conservent, elle est versée une seule fois et constitue une subvention d’investissement et doit être étalée sur la durée d’amortissement de l’installation (20 ans) via le compte 131 — Subventions d’équipement. Elle réduit ainsi la base amortissable nette ou est reprise en produit chaque année au prorata de l’amortissement.
Pour approfondir les aspects réglementaires, consultez notre page fiscalite-solaire et notre guide solaire-entreprise.
Impact IS : exemple global sur 5 ans
Pour une installation de 150 000 € HT (100 kWc tertiaire, TVA 20 % récupérable) :
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Amortissement dégressif an 1 | 16 875 € |
| OPEX déductible an 1 | 5 000 € |
| Économie IS an 1 (25 %) | 5 469 € |
| Amortissement total 5 ans (dégressif) | ~53 000 € |
| Économie IS cumulée 5 ans | ~13 250 € |
| CAPEX net après économie d’IS sur 5 ans (sans prime) | ~136 750 € |
Ces chiffres illustrent l’intérêt d’optimiser la stratégie fiscale dès la mise en service : choix du mode d’amortissement, décomposition en composants.
Conclusion
L’installation solaire professionnelle est un actif immobilisé dont l’amortissement sur 20 ans génère une économie fiscale significative, surtout en mode dégressif les premières années. Combinée à la TVA récupérable (voir notre article solaire-tva-recuperable-entreprise-conditions-2026), et à la déduction des charges d’exploitation, la fiscalité BIC/IS améliore notablement le TRI réel du projet. Faites simuler votre installation pour disposer d’un plan de financement complet.
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FAQ
Peut-on amortir une installation solaire sur moins de 20 ans pour aller plus vite ?
L’administration fiscale admet une durée plus courte si l’entreprise peut justifier que la durée d’utilisation réelle est inférieure à 20 ans (usage intensif, environnement corrosif…). En pratique, une durée de 10 à 15 ans peut être défendue pour certains composants, mais sera plus difficile à accepter pour les modules eux-mêmes dont la garantie est de 25 ans.
La prime autoconso est-elle imposable à l’IS ?
Elle n’est plus versée pour les demandes de raccordement déposées depuis le 5 juin 2026. Pour les dossiers antérieurs qui la perçoivent : oui, mais elle est étalée sur la durée d’amortissement (20 ans) via le mécanisme des subventions d’investissement. Elle est reprise en produit chaque année au prorata de la dotation d’amortissement, ce qui évite une imposition immédiate en une seule fois.
Un entrepreneur individuel au régime réel BIC peut-il opter pour le dégressif ?
Oui. Le régime dégressif est ouvert à toutes les entreprises soumises au régime réel d’imposition, y compris les entrepreneurs individuels au BIC réel. Il est parfois moins intéressant pour eux si leurs revenus sont imposés dans les tranches basses du barème de l’IR.
Les frais d’études préalables (audit toiture, dimensionnement) font-ils partie de l’actif immobilisé ?
Oui, si ces études sont directement liées à la réalisation de l’installation. Elles s’ajoutent au coût d’entrée de l’immobilisation et sont amorties sur la même durée que les équipements.
L’installation sur un bien loué peut-elle être amortie par le locataire ?
Oui, si le locataire supporte le coût de l’installation et si le bail lui en confère la propriété ou l’usage économique. Dans ce cas, l’installation est inscrite à l’actif du locataire et amortie normalement. Une clause de cession en fin de bail doit être prévue.
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*Sources : BOFiP BIC-AMT-20-40 (amortissement dégressif) · BOFiP BIC-AMT-20-20 (durées d’usage) · impots.gouv.fr "Régimes d’imposition des BIC" 2026 · Arrêté du 1er juin 2026 modifiant l’arrêté du 6 octobre 2021 · Service-Public.fr "Amortissement fiscal des immobilisations" 2026*


