La question du risque incendie lié aux panneaux solaires revient régulièrement dans les discussions entre riverains ou dans les demandes adressées aux pompiers. Elle mérite une réponse factuelle, appuyée sur les données disponibles — et non sur des craintes non étayées. Le risque existe, il est documenté et des normes précises y répondent. Mais il est structurellement faible comparé à d’autres équipements électriques domestiques.
Les chiffres disponibles : un taux de sinistralité faible
Les données françaises sur les sinistres impliquant des installations photovoltaïques sont produites par la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) pour l’Île-de-France et par le Service national des statistiques des services d’incendie et de secours (SDIS). En Europe, le rapport allemand VdS de 2023 constitue la référence la plus complète.
Ordres de grandeur
En France, le parc installé dépasse 2,5 millions d’installations fin 2025. Les sinistres impliquant directement des panneaux solaires sont estimés à 150-200 par an selon les sources sectorielles (ENERPLAN, SER). Cela représente un taux d’environ 0,006 à 0,008 % du parc par an.
À titre de comparaison :
- Les sinistres liés aux installations de chauffage (chaudières, poêles) représentent environ 30 000 cas par an pour 20 millions d’installations, soit 0,15 % par an.
- Les sinistres liés à l’électricité statique (hors photovoltaïque) sont à 0,05–0,1 % du parc des équipements électriques.
À retenir
💡 Mise en perspective : une installation solaire bien installée et conforme aux normes présente un risque incendie structurellement inférieur à celui d’une chaudière à gaz ou d’un tableau électrique vieillissant.
Les causes identifiées
L’analyse des sinistres photovoltaïques fait ressortir un classement récurrent :
| Cause | Part estimée des sinistres PV (sources BSPP, ENERPLAN) |
|---|---|
| Arc DC (connexions défectueuses, câbles endommagés) | 35–45 % |
| Défaut d’installation (câblage non conforme, fixation) | 25–30 % |
| Défaut équipement (onduleur, boîte de jonction) | 15–20 % |
| Foudre (installation sans parafoudre ou mal protégée) | 8–12 % |
| Cause externe (incendie de structure pré-existant) | 5–8 % |
L’arc DC : la cause principale à comprendre
L’arc DC est un phénomène électrique qui survient quand une connexion défectueuse crée un arc électrique dans le circuit courant continu reliant les panneaux à l’onduleur. Contrairement au courant alternatif (AC) qui s’annule naturellement à 100 fois par seconde, le courant DC est continu : un arc DC, une fois établi, se maintient de lui-même jusqu’à ce que le circuit soit ouvert ou que les matériaux environnants prennent feu.
Pourquoi le DC est plus difficile à couper qu’un arc AC
Un arc électrique à 400 V DC est beaucoup plus difficile à interrompre qu’un arc à 400 V AC. C’est pour cela que les disjoncteurs DC sont spécifiquement conçus et homologués pour les applications photovoltaïques — ils ne peuvent pas être remplacés par des disjoncteurs AC standard.
Les points de faiblesse identifiés
Les arcs DC surviennent préférentiellement :
- Aux connecteurs MC4 mal sertis ou mal emboîtés
- Aux presse-étoupes de traversée de toiture (humidité, mouvement thermique)
- Aux connexions en boîte de jonction exposées aux intempéries
- Sur les câbles endommagés mécaniquement (fixation avec agrafes métalliques, passage sur arête vive)
Attention
⚠️ Signal d’alarme : une odeur de brûlé persistante venant de la toiture ou un noircissement localisé d’un panneau sont des signaux à prendre au sérieux. Coupez l’installation via le sectionneur DC et appelez un professionnel RGE immédiatement.
Les normes de prévention applicables en France
IEC 61730 et IEC 61215 : qualification des modules
La norme IEC 61730 (sécurité des modules photovoltaïques) et la norme IEC 61215 (modules cristallins) définissent les tests auxquels tout module doit être soumis avant commercialisation. Ces tests incluent des essais de résistance mécanique, de délamination, de résistance à l’humidité et des tests électriques sous conditions extrêmes.
NF C 15-100 et ses compléments photovoltaïques
La NF C 15-100 (installations électriques basse tension françaises) intègre depuis 2010 les prescriptions spécifiques aux installations photovoltaïques. Elle impose notamment :
- Des câbles DC de type spécifié (double isolation, résistance UV, tenue en température)
- Des connecteurs compatibles MC4 ou équivalent normalisé
- Un sectionneur DC accessible et identifiable en façade
- Des protections foudre (parafoudres DC) pour les installations exposées
Obligations déclaratives et contrôle Enedis
Toute installation de plus de 3 kWc fait l’objet d’un raccordement au réseau Enedis avec vérification de conformité. L’installateurs-rge certifié RGE (QualiPV) est le garant de la conformité de l’installation aux normes en vigueur. Cette certification conditionne l’accès à la TVA réduite à 5,5 %.
Prévention : les bonnes pratiques
À l’installation
- Utiliser exclusivement des câbles solaires certifiés double isolation (section ≥ 4 mm², couleur rouge/noir DC)
- Sertir et verrouiller tous les connecteurs MC4 avec l’outil spécifique (pas de connexion à la main)
- Éviter tout passage de câble DC sur des arêtes vives ou sous des agrafes métalliques
- Installer un parafoudre DC à l’entrée de l’onduleur (obligatoire dans les zones foudre à risque élevé, recommandé partout)
- Vérifier la continuité électrique et l’absence d’arc avec un testeur d’arcs DC (désormais intégré à certains onduleurs haut de gamme)
Pendant la vie de l’installation
- Inspection visuelle annuelle des connexions et câbles accessibles
- Contrôle thermographique tous les 5 ans (thermographie IR détecte les points chauds avant qu’ils deviennent dangereux)
- Ne pas intervenir soi-même sur les connexions DC sans avoir suivi une formation spécifique
Pour en savoir plus sur la maintenance préventive, consultez notre guide sur l’entretien-panneaux-solaires.
Pour les pompiers : spécificités d’un incendie sur installation PV
Les panneaux en toiture restent sous tension tant qu’ils reçoivent de la lumière (soleil, lumière des projecteurs de pompiers). La coupure de l’onduleur coupe le circuit AC, mais le circuit DC entre panneaux et onduleur reste actif. Les pompiers équipés forment leurs personnels à cette spécificité. La BSPP a publié un guide opérationnel spécifique aux interventions sur bâtiments photovoltaïques.
Impact assurantiel : déclarer son installation pour être couvert
L’assurance habitation couvre les dommages causés par un sinistre d’origine électrique, y compris photovoltaïque, à condition que l’installation soit déclarée et conforme. Deux démarches sont indispensables :
Déclaration à l’assureur
Dès la mise en service, informez votre assureur habitation de l’installation de panneaux solaires. La prime d’assurance peut être légèrement majorée (20 à 60 €/an selon les contrats) pour couvrir la valeur de l’installation. Sans déclaration, le sinistre peut être refusé en totalité.
Garantie décennale de l’installateur
L’installateur RGE est soumis à la garantie décennale (10 ans) sur les dommages qui rendraient le bâtiment impropre à sa destination. Un défaut de câblage causant un incendie est susceptible d’engager la responsabilité décennale de l’installateur. Demandez systématiquement l’attestation de responsabilité civile professionnelle et décennale avant de signer.
Les prix de l’installation en 2026
Pour mémoire, les prix TTC d’une installation solaire conforme en 2026 sont les suivants : 3 kWc entre 5 000 et 7 500 €, 6 kWc entre 9 000 et 12 500 €, 9 kWc entre 12 000 et 16 000 €. La prime à l’autoconsommation est supprimée pour les demandes de raccordement déposées depuis le 5 juin 2026. Le surplus est racheté 0,011 €/kWh (1,1 c€ HT) par EDF OA, tarif unique de 0 à 100 kWc. MaPrimeRénov ne finance pas le photovoltaïque en autoconsommation. Consultez notre page prix-installation-solaire pour le détail complet.
Tableau récapitulatif des obligations réglementaires
| Exigence | Base réglementaire | Obligatoire pour |
|---|---|---|
| Modules certifiés IEC 61730/61215 | Règlement UE 2016/425 | Toutes installations |
| Câbles DC double isolation UV | NF C 15-100 | Toutes installations |
| Sectionneur DC accessible | NF C 15-100 | Toutes installations |
| Parafoudre DC | NF C 15-100 (zones à risque) | Recommandé partout |
| Installateur RGE QualiPV | CGI art. 278-0 bis | TVA réduite à 5,5 % |
| Déclaration Enedis | Loi 2023-175 | Puissance > 3 kWc |
| Attestation Consuel | Décret 2009-1414 | Avant raccordement |
FAQ
Une assurance habitation couvre-t-elle un sinistre lié aux panneaux solaires ?
Oui, si l’installation est déclarée à l’assureur et conforme aux normes (installateur RGE, conformité Consuel). Un sinistre sur une installation non déclarée peut entraîner un refus de prise en charge. Déclarez votre installation dès la mise en service.
Les panneaux solaires rendent-ils plus difficile l’extinction d’un incendie de toiture ?
Les panneaux ajoutent une contrainte opérationnelle (tension DC persistante) mais ne rendent pas l’extinction impossible. Les formations BSPP adaptées permettent aux équipes de gérer la situation en sécurité avec les équipements de protection adaptés.
Un écran anti-feu sous les panneaux est-il obligatoire ?
Non en France résidentielle standard. Certains pays européens l’imposent pour les installations > 20 kWc sur toiture combustible. En France, la réglementation se concentre sur la qualité du câblage et la conformité des équipements.
L’arc DC est-il détectable avant qu’il ne cause un sinistre ?
Oui. Les onduleurs Fronius, Huawei et SMA récents intègrent une détection d’arc DC (AFCI — Arc Fault Circuit Interrupter) qui coupe le circuit DC dès qu’un arc est détecté. C’est une option à privilégier lors du choix de l’onduleur.
La reglementation-solaire impose-t-elle une inspection périodique ?
Pas d’obligation périodique légale en résidentiel. En revanche, le contrat d’abonnement-solaire de certains opérateurs inclut des inspections annuelles qui permettent de détecter les défauts précocement.
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Conclusion
Le risque incendie lié aux installations solaires est réel mais statistiquement faible : environ 0,006 % du parc par an selon les données disponibles. Les arcs DC sur connexions défectueuses en sont la principale cause. La prévention repose sur la qualité de l’installation (RGE, câbles certifiés, connecteurs MC4 correctement sertis) et une maintenance visuelle annuelle. Une installation conforme aux normes IEC et à la NF C 15-100, réalisée par un installateur RGE, présente un profil de risque très modéré.
Trouver un installateur RGE certifié pour votre projet solaire →
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*Sources : BSPP "Guide opérationnel interventions photovoltaïques" 2024 · ENERPLAN "Sinistralité installations photovoltaïques France" 2023 · IEC 61730:2023 "Photovoltaic (PV) module safety qualification" · NF C 15-100 installations photovoltaïques · Arrêté du 1er juin 2026 modifiant l’arrêté du 6 octobre 2021*


