Investir dans le solaire résidentiel implique de choisir un bon moment. La prime autoconso, les tarifs de rachat du surplus et la réglementation évoluent régulièrement — parfois à la baisse. Que peut-on anticiper pour 2027 ? Ce qui suit n’est pas une prévision certaine, mais une analyse des tendances, des mécanismes de révision et des hypothèses qui permettent de planifier son investissement en connaissance de cause.
Comment fonctionne la révision des tarifs par la CRE
Le mécanisme de révision trimestrielle
Jusqu’au 4 juin 2026, la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) révisait chaque trimestre les tarifs d’achat et la prime autoconso pour les installations photovoltaïques. Cette révision suivait une logique économique : les tarifs étaient ajustés pour refléter l’évolution des coûts d’installation. Si les coûts baissaient, la prime baissait.
Le mécanisme est défini par l’arrêté tarifaire du 6 octobre 2021 modifié, qui précise la formule de révision et les plafonds applicables. Les délibérations trimestrielles de la CRE entraient en vigueur pour les demandes de raccordement déposées à partir du 1er jour du trimestre. L’arrêté du 1er juin 2026 a mis fin à ce mécanisme : prime supprimée, tarif unique de 1,1 c€/kWh HT indexé de +2 %/an.
La trajectoire récente de la prime autoconso (≤ 9 kWc)
| Période | Prime €/kWc | Variation |
|---|---|---|
| T1 2023 | 130 € | — |
| T3 2023 | 110 € | −15 % |
| T1 2024 | 100 € | −9 % |
| T3 2024 | 100 € | stable |
| T1 2025 | 90 € | −10 % |
| T2 2026 (jusqu’au 4 juin) | 80 € | −11 % |
| Depuis le 5 juin 2026 | 0 € (supprimée) | −100 % |
La tendance était claire : la prime baissait en moyenne de 8 à 15 % par an pour les petites installations résidentielles, jusqu’à sa suppression pure et simple pour les demandes de raccordement déposées depuis le 5 juin 2026.
Attention
⚠️ Ce que cela signifie concrètement : pour une installation de 9 kWc, la prime est passée de 1 170 € (T1 2023) à 9 × 80 €/kWc (T2 2026), puis à 0 € pour toute demande de raccordement déposée depuis le 5 juin 2026.
Hypothèses pour la prime en 2027
Scénario central : poursuite de la baisse à rythme modéré
Ce scénario, longtemps jugé le plus probable, ne s’est pas réalisé : l’arrêté du 1er juin 2026 a supprimé la prime pour les demandes de raccordement déposées depuis le 5 juin 2026. Pour les installations ≤ 9 kWc, le point de départ de 2027 est donc :
| Scénario | Prime T2 2027 (≤ 9 kWc) | Hypothèse |
|---|---|---|
| Cadre en vigueur (arrêté du 1er juin 2026) | 0 €/kWc | Prime supprimée depuis le 5 juin 2026 |
| Projet de loi de finances 2027 (non voté) | Aucune prime prévue | Aucune mesure visant les petites installations des particuliers |
Pour 2027, la seule hypothèse documentée est donc l’absence de prime : un projet doit se calculer sans elle.
Scénario de plancher
Il existe dans la réglementation française une logique de « seuil de déclenchement » : en dessous d’un certain niveau d’aide, l’investissement résidentiel risque de s’effondrer, ce qui serait contraire aux objectifs de la PPE. Cette logique n’a pas empêché la suppression : la prime est passée de 80 €/kWc à zéro en une seule fois, le 5 juin 2026. Le soutien repose désormais sur la TVA à 5,5 % et sur un tarif d’achat indexé de +2 %/an.
L’évolution des tarifs de rachat du surplus
Le contexte actuel
Depuis le 5 juin 2026, le tarif de rachat du surplus (injection d’une installation en autoconsommation) est de :
- 0,011 €/kWh (1,1 c€ HT), tarif unique pour les installations de 0 à 100 kWc
- 0 € pour l’électricité injectée au-delà de 1 600 kWh/kWc/an
La baisse trimestrielle a pris fin : le tarif est indexé de +2 %/an pendant les 20 ans du contrat (1,12 c€ l’an 2, 1,60 c€ l’an 20). Il est structurellement faible, car il reflète la valeur de marché de l’électricité produite en journée (heures creuses pour le réseau).
Ce qui pourrait changer en 2027
Deux évolutions réglementaires potentielles pourraient affecter les tarifs de revente pour les petites installations :
1. Le Signal prix horaire (smart metering)
L’accélération du déploiement des offres à prix horaires (notamment liées au compteur Linky) pourrait permettre aux propriétaires de valoriser leur surplus aux heures de pointe, à des prix nettement supérieurs aux 0,011 €/kWh actuels. Cette évolution ne relève pas d’un arrêté CRE mais de l’ouverture du marché à des contrats d’achat flexibles. Certains agrégateurs la proposent déjà de façon expérimentale.
2. La révision du calcul de la rémunération
Des travaux du Comité de Liaison Énergies Renouvelables (CLER) et de SER plaident pour une révision de la formule qui intègre mieux la valeur du productible local (PACA vs Bretagne) dans le tarif de rachat. Aucune décision n’est actée pour 2027, mais le sujet est sur la table.
La réglementation qui pourrait évoluer en 2027
La Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE)
La PPE actuelle (en cours de révision pour la période 2024-2033) fixe des objectifs ambitieux pour le photovoltaïque (75 GWc en 2030). Atteindre ces objectifs nécessite une accélération significative des installations. Si les chiffres de 2025-2026 montrent que le rythme est insuffisant, un ajustement à la hausse des soutiens — ou du moins un maintien des niveaux actuels — est possible.
La simplification des démarches de raccordement
Enedis et le gouvernement travaillent depuis 2024 sur une simplification des délais de raccordement (actuellement 3 à 5 mois en médiane). Un objectif de 2 mois maximum pour les installations résidentielles ≤ 36 kWc a été évoqué. Si cette réforme aboutit en 2027, elle réduirait la période de non-production après installation — un facteur qui améliore concrètement la rentabilité.
L’agrément des batteries domestiques
Des discussions sont en cours au niveau européen (directive Batteries 2023/1542) pour encadrer l’agrément des batteries domestiques connectées au réseau. En France, cela pourrait se traduire par de nouvelles obligations pour les installateurs et une évolution des contrats de raccordement. L’impact sur la rentabilité des installations avec batterie est à suivre. Consultez notre guide batterie-solaire pour le cadre actuel.
Comment planifier son investissement face à ces incertitudes
La règle des décisions robustes
Face à l’incertitude sur les tarifs futurs, une approche rationnelle consiste à calculer la rentabilité de son projet sans compter sur la prime autoconso, supprimée depuis le 5 juin 2026. Le projet doit être rentable sur la seule base de l’autoconsommation et du surplus. En 2026, avec les prix actuels et un tarif électrique de 0,2001 €/kWh (tarif réglementé Base au 1er août 2026), ce sont les projets qui autoconsomment une large part de leur production qui y parviennent.
Ce qui mérite d’être anticipé maintenant
| Action | Pourquoi en 2026 plutôt qu’en 2027 |
|---|---|
| Demander des devis | Les prix sont bas, la concurrence forte |
| Opter pour un onduleur hybride | Prépare la batterie sans surcoût futur |
| Choisir des panneaux 430-450 Wc | Densité optimale, moins de déchets de découpe |
| Déposer une demande de raccordement complète | Elle fige le tarif applicable (la prime n’existe plus) |
| Consulter un installateur RGE | Délais de chantier de 3 à 6 mois actuellement |
Pour modéliser précisément les flux financiers selon différents scénarios de prix de l’électricité et de tarifs, utilisez notre outil de simulation-solaire.
Les aides qui ne changeront probablement pas
La TVA à 5,5 %
Cette mesure fiscale est la plus pérenne. Encadrée par la directive européenne et par la loi de finances, elle s’applique désormais à 5,5 % aux installations de 9 kWc et moins, sans taux intermédiaire à 10 %. Elle représente environ 1 600 € d’avantage implicite sur une installation de 9 kWc à 11 000 € HT — et c’est la seule aide nationale restante depuis la suppression de la prime autoconso. Aucune remise en cause n’est annoncée. Voir aides-solaire.
Les obligations des zones BEPOS et RE2020
La réglementation environnementale RE2020 impose des exigences de production d’énergie renouvelable dans les constructions neuves. Ces obligations ne concernent pas les propriétaires de maisons existantes, mais elles tirent la demande et soutiennent structurellement la filière.
Conclusion
L’horizon 2027 pour le marché solaire résidentiel français se caractérise par l’absence de prime autoconso (supprimée le 5 juin 2026 ; elle était de 80 €/kWc pour ≤ 9 kWc jusqu’au 4 juin 2026), un tarif de rachat du surplus unique de 0,011 €/kWh indexé de +2 %/an, et des hypothèses d’évolution réglementaire qui pourraient faciliter ou encadrer différemment l’installation et la revente. Dans ce contexte, attendre 2027 pour installer n’est pas forcément rationnel : il n’y a plus de prime à perdre, mais les quelques économies sur le prix du matériel seront probablement compensées par une année d’électricité non produite.
Consultez la réglementation solaire en vigueur →
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FAQ
La prime autoconso peut-elle augmenter en 2027 ?
Elle n’existe plus pour les demandes de raccordement déposées depuis le 5 juin 2026. Son retour supposerait une nouvelle décision réglementaire : aucune n’est annoncée, et le projet de loi de finances 2027 (non voté) ne contient aucune mesure sur les petites installations des particuliers.
Les contrats EDF OA existants sont-ils modifiés si les tarifs changent ?
Non. Les contrats déjà signés ne changent pas. Un dossier dont la demande complète de raccordement est antérieure au 5 juin 2026 conserve la prime et le tarif de son trimestre pendant toute la durée du contrat ; une demande déposée depuis relève du tarif de 0,011 €/kWh, indexé de +2 %/an.
Faut-il s’inquiéter d’une suppression de la prime autoconso ?
C’est fait : l’arrêté du 1er juin 2026 l’a supprimée pour toute demande complète de raccordement déposée depuis le 5 juin 2026. La prime n’était qu’un amortisseur à l’investissement ; l’aide principale reste la TVA à 5,5 %.
Le tarif de rachat du surplus est-il négociable ?
Pour les installations ≤ 9 kWc avec contrat EDF OA, non. Pour les installations plus importantes ou via des agrégateurs privés, des contrats avec indexation au prix de marché ou prime de capacité existent mais impliquent un suivi actif et plus de complexité contractuelle.
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*Sources : Arrêté du 1er juin 2026 modifiant l’arrêté du 6 octobre 2021 · Tarif réglementé de vente au 1er août 2026 · CRE "Rapport annuel 2025" · France Énergie Solaire SER "Feuille de route PPE" 2025 · BloombergNEF "Solar Market Outlook Europe" 2026 · IRENA "Renewable Power Generation Costs" 2025*


